Carte blanche#9: Pauline Bastard

Carte blanche#8: Mélanie Lecointe

Mélanie Lecointe

Carte blanche#5: Régis Gonzalez

série Postache: Postache n°1 d'après Maitre de Moulins "enfant en prière"- 2008

Lilly

Mon Papa, c’est le meilleur des papas. Il nous a sauvé la vie à moi et à Maman. De quoi il nous à sauvé la vie ? Et bien des extra-terrestres pardi, t’es bête.

C’est la guerre.

Ils sont partout sur la terre. Maman et moi, on reste dans la chambre noire comme dit Papa. Je ne sais pas comment c’est dehors. Mon Papa, il est courageux, c’est lui qui va chercher à manger pour nous et il les tue quand il en voit un. Ah oui Papa il est courageux.

Les gens vieillissent plus vite dehors, c’est pour ça que Papa il est vieux par rapport à Maman. Le pauvre.

On reste dans la chambre noire tout le temps. Il n’y a que la lampe de Maman qui nous donne un peu de lumière. Comme ça, elle peut me raconter des histoires qu’il y a dans le livre qui s’appelle TéléPlus. Je les connais par coeur mais Maman me les raconte quand même. Ne le dit à personne, mais je sais que Maman invente beaucoup de choses pour me tenir en haleine. Elle est belle Maman, mais elle est pas faite pareille que moi. Oui, c’est bizarre car au dessous de mes genoux, j’ai un tibia et un pied alors que Maman elle a rien. Je ne sais pas si elle me dit la verité mais quand j’étais petite, elle me disait que toutes les Mamans étaient comme ça et que quand je serais grande, mes jambes rétrécierais aussi. Beurk. Et bien, j’ai 21 ans et mes jambes sont toujours là, mais c’est peut être parce que je ne suis pas encore Maman. Peut être bientôt si j’ai de la chance !

Parfois, c’est long, je m’ennuie, alors je me mets à rêver que je sors de la chambre noire et que dehors il y a pleins de petites Lilly qui courent et qui rient. Et puis y’aurait aussi des Mac Gailleveur et des Cristophe Chevadanne et tous mes autres maris de TéléPlus. Et je leur toucherais le zizi et je serais moi aussi Maman. Tant pis pour mes jambes.

Quand je m’ennuie trop, je parle à mon meilleur ami. Il est très musclé, il a un bandeau sur l’oeil et il n’a pas de jambes. Maman m’a dit qu’il s’appellait ReactionMan mais moi je l’ai appelé Roberto. Roberto il est un peu idiot, il faut tout le temps tout lui expliquer. Mais il est gentil, il m’écoute toujours. Dés fois, on parle des extra-terrestres, il m’a raconté qu’ils sont tous blancs. Et quand ils t’attrappent, ils te séparent de ta Maman, de ton Papa, et t’es toute seule. Toute seule toute seule. Dans leur vaisseau, c’est tout blanc aussi. Tellement blanc que si tu laisses les yeux ouverts et bien tu ne vois rien ni personne. Et ils t’obligent à manger des trucs qui font que tout est au ralenti. Ils font pleins d’expériences sur ton cerveau pour voir ce qu’il y a dedans et pour savoir comment tu penses. Et quand tu n’as plus de force pour vivre, ils te jettent dans une décharge avec tous les autres morts. Mais ils ne m’auront pas car Papa veille sur nous.

Y’a un copain que Maman n’aime pas, c’est Kikou le cafard. Maman elle essaie tout le temps de le tuer mais moi je le cache dans mon chausson et le soir, je lui donne un peu de mie de pain. Et le matin, j’ai le pied tout propre! Elle dit qu’il est sale et qu’il colporte des maladies. Mais moi, je n’ai jamais été malade, j’ai juste des boutons rouges sur les bras et les jambes des fois. Mais c’est pas Kikou, c’est l’humidité. Même si Papa à mis une aération avec un ventilateur, ça ne suffit pas. Ca me fait tousser des fois aussi. Et Maman elle pleure quand elle me voit comme ça, elle a peur que je meure, mais je n’ai jamais mouru. Papa il dit que je suis une « costaude », c’est rigolo le mot costaude. Si j’ai un autre ami, je l’appellerais comme ça.

Youpi, j’entends Papa qui descend. Il met longtemps à ouvrir tout ce qu’il faut pour venir à notre cachette. La porte en béton mesure au moins un mètre d’épaisseur. Et après la porte, ben je sais pas. Je penses qu’il y a d’autres portes. Papa a su nous mettre bien à l’abris des extra-terrestres.

J’ai les bras qui me grattent.

-       Maman ?

-       Oui ma chérie ?

-       Tu peux me mettre de la crème ?

-       Oh non, tu as encore de l’éxema… laisse moi voir…oui c’est ça. Toute cette humidité va finir par nous tuer.

-       C’est pas grave Maman, Papa à dit que bientôt ce serait fini. T’as qu’à lui demander de la pommade, il arrive, tu ne l’entends pas ?

-       Si ma fille, je l’entends, je l’entends…

Enfin, Papa arrive. Il arrive avec des cadeaux peut être ?

Maman reste dans son coin, mais moi je saute au cou de Papa.

-       T’as tué beaucoup d’extra-terrestres dit ?

-       Oui ma fille, mais il y en a encore énormément tu sais. Il va falloir que tu sois forte. Tu es forte n’est-ce-pas ma chérie ?

-       Oui Papa, regarde mes muscles.

-       Oui chérie, tu es forte. Allez, va dans ton coin, il faut que je parle avec Maman.

Je vais dans mon coin discuter avec Roberto.

Des fois, quand Papa me dis d’aller dans mon coin, je sais qu’il raconte les choses pas belles qu’il a vu dehors, et Maman elle pleure et elle crie que c’est pas possible, qu’elle en peut plus, qu’elle veut sortir.

Alors, Papa, il la calme en lui disant des mots doux et il fait du bien à Maman. Des fois même, Maman fait de drôle de bruits, des petits bruits d’oiseaux.

Après, Papa repart guetter la maison pour nous protéger.

Il fait tout le temps noir dehors, y a plus de soleil. Je n’ai jamais vu le soleil, mais Maman m’a raconté. Elle m’a dit que cela faisait tout doux sur la peau et quand Maman me raconte ça, elle me pose sa main toute chaude sur le front pour que j’imagine ce que le soleil fait. Et c’est bon. Elle m’a dit que c’était comme si tu revivais de tes cendres. Je n’ai jamais compris ce que cela voulait dire et Maman n’a jamais voulu m’expliquer, elle pense que je le saurais bien assez tôt.

Mais cette fois-ci, au moment où Papa ouvrit la porte, une lumière blanche aveuglante entra dans la chambre noire tuant Papa sur le coup. Son corps retomba sur moi. Je perdis connaissance pour me réveiller dans une pièce blanche. Les murs, le sol, le plafond sont fait d’une matière toute douce et molle. Maman n’est pas là, je suis toute seule toute seule. J’ai peur. Les extras terrestres vont me faire du mal, ils vont regarder dans mon cerveau. J’ai peur. Je regarde mes mains, elles sont ridées, tellement ridées qu’on dirait celle de Papa. Et ces maux de tête…J’essaie de crier mais il n’y a que des sons aigus qui sortent de ma bouche parce que je n’ai plus de langue.

Que m’ont-ils fait ? Mais que m’ont-ils fait ?

Depuis combien de temps suis-je ici ?

Des jours, peut être des semaines que je suis seule. Par une trappe, ils m’apportent à manger. C’est pas bon pas bon. Il y a un trou dans un coin, c’est pour faire mon pipi et mon caca.

La porte s’ouvre et les extra-terrestres tout blancs entrent et me prennent par les pieds et les mains, m’attachent et me transportent dans une autre pièce blanche. J’ai du mal à ouvrir les yeux, la lumière est trop forte. Je les sens mettre des choses sur mes tempes et mon crâne. Un flash me paralyse et je m’évanouis.

Au reveil, je suis aveugle, tout est noir. J’ai du mal à respirer. Je ne peux pas bouger, il n’y a pas de place.

Maman est là, tout près de moi, et Papa aussi, les petites Lilly me font des sourires et je les entends rire. Maman n’a jamais été aussi belle, le soleil traverse ses doux cheveux blonds et Papa me regarde en souriant. J’entends le crépitement des flammes, je regarde le soleil et met ma main devant mes yeux pour me protéger. Ma main est toute rouge, presque transparente.

Je peux enfin respirer.

Nouvelle tirée d’un recueil de nouvelles qui paraîtra en édition et qui sera illustré par des plasticiens.

Jérémy Liron l’humble usage des objets

Jérémy Liron, l’humble usage des objets, nuit myrtide éditions

Il y a des livres comme ça qui vous marquent tant par leur écriture que par ce qu’ils dégagent. Le petit livre de Jérémy Liron est de ceux-là. Consacré au bricolage, à cette pratique ancestrale, le livre nous emmène dans une discussion entre artistes.

Il n’est pas étonnant que je parle de ce livre, puisque cette question du bricolage m’intéresse au plus haut point. Le bricolage en art, ou pas d’ailleurs. Mais, ici, il s’agit de ce qui fait bricolage en art. Dans ce livre, Jérémy croise ses références littéraires aux références artistiques ou encore philosophiques, tout ceci donne un texte d’une composition personnelle, sur ce sujet toujours d’actualité. L’auteur nous emmène au fils de ses rencontres avec des artistes qu’il connait (Nelli David, Yann Eouzan, Emilie Perrotto, …) pour composer un texte bricolé de notes de son journal et de son blog. Tout le long du livre, j’ai été sensible à l’écriture, et à la justesse du propos. Tout le long, je me suis dis qu’il visait juste, qu’il écrivait parfaitement ce que je ressentais sur ce bricolage.

J’en viens aux faits. Et pour ceci, je m’aiderais de citations du texte de Jérémy Liron. Le bricolage c’est quoi? Après nous avoir rappelé les définitions que nous propose le dictionnaire, l’auteur nous parle du « bricolage comme une activité rêvante. » Les exemples se suivent et ne se ressemblent pas. Le constat est clair, pourtant, aujourd’hui, le « faire bricolé » est à l’honneur. On peut déceler chez certains travaux une esthétique du bricolé, comme un effet de mode. « Avec Dada, l’assemblage, l’hétéroclite, le non fini, bref, le bricolé, s’inscrivent dans une critique du classicisme bourgeois, du nationalisme réactionnaire qui sévit à l’époque. Aujourd’hui, il semblerait parfois que ce soit l’inverse: il est de bon ton d’installer des archipels d’objets bricolés. C’est in. »

Mais le bricolage, c’est bien cette activité de l’économie qui nous fait travailler avec ce que l’on a sous la main, sur le tas, avec ce « ça peut toujours servir » que l’on collectionne en vue d’une éventuelle réalisation. Et ainsi, l’histoire de l’art n’est fait que de bricolages, on pourrait remonter très loin, on peut citer l’assemblage d’un guidon et du scelle de vélo chez Picasso, ou d’une roue de vélo et d’un tabouret chez Duchamp. Le bricolage est bien présent, et il n’entraîne pas forcément tout un discours explicite, voir même conceptuel. « À la distance réflexive et conceptuelle on préférera l’expérience intuitive et concrète même si elle ne nous permet pas de dire des théories. » Et l’auteur d’insister sur ces « bricolages qui se positionnent à l’inverse de l’art d’entrepreneur avec ses armées d’assistantes et ses budgets hollywoodiens. »

Ce qui rapprochent ces bricoleurs c’est bien ce désir de faire un monde, un monde non loin de l’enfance avec tout ce qu’il a de naïf, un monde parfois provisoire, fait de rien, où l’artiste fournit le matériel pour faire voyager le spectateur. Il y a ces questions de fiction, de réel, tant pointées par certains ( là aussi, on pourrait parler d’un effet de mode), mais le bricolage est bien ce mode opératoire qui nous emmène ailleurs avec des rebuts de la réalité. Jérémy Liron parle d’un ré enchantement que proposeraient les bricoleurs. « Le bricolage comme l’image d’un monde disloqué, émietté, et la mélancolie comme cet état spécial de l’homme qui, comme l’homme de la Renaissance et du Baroque passant du monde fini aristotélicien à l’infini des plis s’en trouve à la fois aspiré de vertige et accablé ou angoissé par le vide ou les espaces infinis que sa pensée soudain creuse. »

Quand on parle bricolage on pense à Rauschenberg, on pense à Schwitters, à Labelle-Rojoux, on pense à Vincent Labaume, à Van Caeckenbergh, à Filliou, à Dupuy, à Duchamp, aux poètes bruitistes, et à tant d’autres encore. « On bricole bien souvent avec des rêves. Les rêves bricolent avec la réalité. »

Ce livre est bien d’une richesse incroyable. Il ne promet pas une réponse exclusive sur le bricolage, il propose un état des lieux sur une pratique si bien connue de nous tous, mais souvent ignorés car il faut le rappeler est qualifié de bricolé ce qui ne fait pas sérieux.

On peut voir juqu’au 24 Juillet une exposition des peintures de Jérémy Liron à la galerie Isabelle Gounod, là où l’on peut se procurer le livre.

Le salon de Montrouge est terminé

Souche, Wood, Bois, Dimensions variables, 2007

Le salon de Montrouge 2010 est terminé, l’occasion pour moi de faire un bilan. Il faut le dire, c’est une expérience enrichissante que de participer à un salon, de plus quand on est montrougien, cela devient particulier. Le salon terminé, on devient nostalgique de l’effervescence qui nourrissait notre ventre à la veille du vernissage. C’est terminé, et des expositions, il y en aura d’autres, on l’espère, je l’espère.

Ce salon m’a permis de rencontrer des personnalités très sympathiques et toutes très attachantes. Je pense à Anna Byskov, une artiste dont j’aime particulièrement le travail tant par sa folie que par son originalité. Anna Byskov présentait des vidéos, où elle était en scène, soit en train de monter un escalier en carton, soit en train d’escalader une pente, soit en train de courir dans la forêt à se cogner contre les arbres. Elle avait placé devant ces écrans, des sièges très colorés qui nous invitaient à regarder ses aventures comiques. Pour moi, chez Anna Byskov, il y a quelque chose de l’ordre de l’idiotie, l’idiot qui répète une action qui ne fonctionnera pas, l’idiot qui s’entête. Se libère alors chez le regardeur, un rire moqueur, un rire de compassion, un rire qui n’est pas commun dans les allées de l’art.

Anna Byskov

En parlant de rire, j’arrive à Fabien Souche. Fabien Souche, qui a eu un prix lors de ce salon, et qui sera à l’honneur prochainement au Palais de Tokyo, nous proposait un mur composé de plusieurs réalisations, collages, lithographie, et photographies. Il y a de la fumisterie chez ce Souche, un artiste qui ne se prend pas au sérieux. Que ce soit ces collages, ou ces photographies, tout nous invite à sourire, à rire bêtement, à se demander aussi mais c’est quoi ce carton avec ces rebords trois fois trop longs. Souche, « personne stupide, sans intelligence, ni activité », nous propose une œuvre aux résonnances belges et surréalistes qui n’est pas pour déplaire, une œuvre rafraîchissante  qui fait table rase de cet art sérieux et propre sur lui. Souche, c’est aussi cet amateur de  rugby avec qui l’on peut échanger sur le Top 14, et boire une bière devant un match qui verrait la victoire tant attendue de son club fétiche, l’ASM Clermont Auvergne, en finale et remporter le bouclier de brennus.

Julien Nédélec

Au salon, on pouvait voir le travail du binôme Jérémy Flandin et Thibault Waré, une œuvre raffinée jouant avec le lieu, un mur composé d’une petite sculpture et d’un dessin. Il y avait aussi cette très belle construction du collectif Dop sur laquelle on pouvait voir de petites architectures. Aussi, non loin le travail de Julien Nédélec qui nous proposait de devenir un Super-Héros de l’infini en prenant un masque noir. Il y avait aussi cette pédale qui  inscrivait un Poum  sur le mur à chaque coup de pied, comme un instrument sourd qui nous faisait lire son bruit. En peinture, j’ai beaucoup aimé les pièces de Simon Bergala, des huiles sur bâche, ou sur t-shirt, le support débordant du châssis devient cadre, le sujet est coloré, parfois des tuyaux, proposant une représentation de la ville, de notre décor quotidien.

Le salon était riche cette année, hétérogène, avec des œuvres très différentes les unes par rapport aux autres. À présent, il faut espérer qu’il reste dans ce lieu, ce qui est moins sur, car La Fabrique appartient désormais à une banque française, qui souhaite y construire son siège. Il faut espérer que la formule perdure, car c’est très satisfaisant pour les artistes de pouvoir présenter un ensemble d’œuvres, plutôt qu’une qui viendrait se perdre dans la masse. Espérons que le salon ne retombe pas dans ses travers.

Stéphane Lecomte

Mais, cela n’arrivera pas tant le travail réalisé par l’organisation à été à la hauteur de mes attentes. À présent, je parle pour moi. Le salon de Montrouge, je le connais depuis maintenant quelques années. Je l’ai vu tomber dans un anonymat indigne, et devenir ringard. Pour moi, Montrougien, il n’était pas question d’y participer, tant la sélection était moins satisfaisante, tant l’accrochage était mauvais. Depuis l’année dernière, le salon a pris un tournant qu’il faut souligner et qui m’a incité à être candidat. Sélectionné et heureux de l’être, il fallait alors réfléchir à la réalisation d’une œuvre. Pour ma part, j’ai choisi de présenter un ensemble composé de dessins et d’objets, un ensemble assez hétérogène, qui proposait une œuvre totale sans style. Je ne suis pas à la recherche de mon style, je n’ai pas envie de me répéter dans ce qui pourrait me faire gagner de l’argent, je cherche des formes différentes qui vienne me nourrir, qui viennent me faire rebondir, car je tiens à toucher à tous les médiums. Il y avait alors des dessins au pastel, « morceaux choisis ». Il s’agit, ici, d’une série de dessin reprenant des morceaux déchirés dans des journaux que je retranscris en dessin sur un fond velouté en pastel. Les morceaux flottent dans des cieux colorés, pour donner une collection de papier déchirés. Il va s’en dire que les titres sont sélectionnés, et offrent une résonnance avec le quotidien et avec le Terrain idéal. Terrain idéal c’est bien le nom de cette œuvre totale. Tout rentre dedans, c’est pour cela que je ne décide pas de faire une hiérarchie entre mes réalisations, tout vient s’y loger. Et puis, il y avait ces dessins de caravane, car cet engin fait signe du voyage, il est comme un symbole, mais il est statique, comme un voyage sur place. La caravane se voyait alors découpée ou prise d’une crise de bulles de bande dessinée. Dans ces dernières bulles, on pouvait lire toutes sortes de phrases, de remarques, que j’ai entendu, des anecdotes sur l’art, le milieu de l’art. Comme un vernissage en caravane. L’ensemble composé sur le mur, avec ces petites voitures sur cailloux, cet autre dessin de Catherine de midi-six, proposait une œuvre en soi. Ce mur était alors une sorte de hachis parmentier, vous savez ce plat assez simple et réalisé à l’aide des restes de la semaine. Voilà, mon mur se composait de différentes pièces, sur un papier peint aux allures de voyage. Avec du recul, je me dis que j’aurais pu présenter une vidéo sur un petit écran…

Le salon de Montrouge est terminé et j’espère qu’il y aura d’autres expositions. Il y en a déjà en préparation…

Et voici la voiture de Koons!

La voiture  de Jeff Koons a été présentée ces jours-ci à Paris, au Centre Pompidou, et elle courra les 12 et 13 Juin lors des prochaines 24h du Mans. Elle sera pilotée par Andy Priaulx, Dirk Müller et Dirk Werner avec le numéro 79, et  Jörg Müller, Augusto Farfus et Uwe Alzen avec le numéro 78. (BMW Team Schnitzer)

Comment l’esprit vient à la matière, une proposition en deux actes de Stéphane Corréard

Théo Mercier

Stéphane Corréard fait une proposition tout à fait singulière dans deux galeries parisiennes, la galerie Loevenbruck et la galerie Gabrielle Maubrie. Deux parties comme deux réponses à ce « comment l’esprit vient à la matière. »

Ces expositions présentent des artistes d’horizons différents, certains sont même marginaux, et moins visibles. Je pense notamment à Jean-Michel Sanejouand ou Antoni Miralda. D’autres que je ne connaissais pas, comme Ted Mineo et ses peintures de pizza, ou Nader Ahriman, un peintre allemand né en 1964, étonnant. À la galerie Loevenbruck, où cette première partie est intitulée « Métaphysique Chimie », ces deux artistes sont rejoints par Arnaud Labelle-Rojoux et Xavier Boussiron (et leur âne Boronali que l’on avait vu à la Force de l’art l’année dernière au Grand Palais) et par Philippe Mayaux et ses deux belles peintures à la tempera où le coq n’est pa à la fête.

À la galerie Gabrielle Maubrie, c’est « Le beau est un moment du laid ». Les artistes sont plus nombreux, on y retrouve Labelle-Rojoux et une « fantômette aux bains douche », seul artiste présent dans les deux sites. Cette deuxième partie est réjouissante, tant par l’hétérogénéité des artistes que par la qualité des œuvres proposées. Je pense notamment à cette pièce de Théo Mercier (que l’on reverra bientôt à Dynasty), une composition de fausses fleurs et faux légumes habillés de petits yeux moqueurs, rendant la scène de nature morte risible. Le risible, il y en a encore avec l’artiste belge Jacques Lizène. Le spécialiste de la médiocrité présente un assemblage bancal d’une planche à roulettes, d’une vidéo où l’on veut voir jouer d’une petite guitare et d’une peinture nulle. Une pièce vraiment belle et très représentative de l’art de Lizène, un artiste que l’on aimerait voir à Paris pour une rétrospective tant il est important dans cette attitude marginale et tout sauf sérieuse. Il y a aussi ce congélateur de Simon Nicaise qui garde au frais plusieurs boules de neige prête à l’emploi. On imagine la bataille! Matali Crasset propose un canapé fait de sac de couleurs bon marchés, Guillaume Bijl nous offre la robe d’Eva Braun.

Jacques Lizène

Cette deuxième partie joue du Ready made, toutes les œuvres de cette exposition composent avec des objets du quotidien, du réel, pour le détourner et donner un nouveau sens au visiteur. Parfois minimales, comme la proposition de Jiri Kovanda avec ce sac de guimauve suspendu à un fil et relié à un marteau, une pièce que les visiteurs de la Fiac avaient pu voir il y a quelques années, au stand de la galerie GB agency, ou encore ce balancier de Sanejouand où reposent deux belles pierres, parfois colorées comme l’œuvre de Gérard Deschamps, qui créé une sculpture murale avec des objets gonflables ou encore les T d’Ernest T. faits d’un liquide imbuvable, les œuvres sont toutes des compositions poétiques posées là le temps d’une exposition.

Les détracteurs diront que c’est facile de poser une serviette sur statue, qu’il n’y a rien d’exceptionnel dans cette collection de paquets de mouchoirs ornés de la figure Mona Lisa, et seront encore plus dubitatifs devant cette œuvre d’Haim Steinbach, intitulée « The Village People ». La force de cette exposition réside dans cette question que l’art est bien autour de nous, mais qu’il faut ouvrir les yeux pour en rassembler les morceaux. Finalement, il n’y a pas d’interrogation du réel ou de questionnement de notre rapport au quotidien, mais bien plus une mise en valeur de cette poésie faite de rien, mais essentielle à la survie.

Instant City, Archigram, « Les villes sont-elles encore nécessaires? »

Peter Cook, Archigram, Instant Cityvisits Bournemouth, 23 x 34,5 cm, 1968, Coll Frac Centre

Au centre Pompidou, jusqu’au 9 Août 2010, a lieu une bien belle exposition intitulée Dreamlands, des parcs d’attractions aux cités du futur. Il s’agit là d’une occasion pour voir des pièces étonnantes d’artistes et aussi d’architectes. Instant City fait parti de ces projets utopiques que l’on peut voir.

Alors c’est quoi Instant City? Il s’agit bien d’un projet de ville instantanée, de ville éphémère par le groupe Archigram, alors composé de Peter Cook, Dennis Crompton et Ron Hexron, imaginée en 1968. Instant City est donc le projet d’une ville nomade qui viendrait se superposer à une ville bien réelle, avec des ballons dirigeables, et autres structures mobiles. Le projet est offert à voir grâce à des maquettes et dessins, jouant du collage d’éléments nouveaux sur un paysage, afin de matérialiser la faisabilité de cette ville. Le projet d’une telle ville est bien moderne tant il conçoit l’espace d’une autre manière, jouant avec le nomadisme et le mouvement de la population. Ces critères sont encore bien présents au début du 21e siècle, ce qui fait de ce projet Instant City, un projet toujours d’actualité.

On sent dans ce projet beaucoup d’influences populaires dans cette ville flottante et aérienne, grâce notamment aux visuels, aux couleurs. L’aérien comme projet utopique d’une ville n’est pas nouveau, et il perdure encore. Dans une toute autre forme, Yona Friedman, avant Archigram, proposait une ville spatiale. L’aérien est aussi présent dans les films de science-fiction, où l’on voit des engins volants, des montgolfières. (Ici, je pense au roman de Thomas Pynchon, Contre Jour, qui voit plusieurs personnages voyager à travers différentes destinations à bord d’un énorme dirigeable.)

Peter Cook, Instant City – Airship M3, 1968. Collage of photographs and newsprint, overdrawn, 40 1/8 x 28 3/8”. Courtesy of Archigram Archives.

Instant City est une ville mouvante, donc, qui viendrait se greffer à une autre le temps d’un événement et qui repartirait de la même manière. Peter Cook décrit minutieusement le déroulement des opérations (version transportée par camion):

« 1. Les composantes de la « ville » sont chargées sur des camions et des remorques à la base du départ.

2. Une série de « tentes » est suspendues à des ballons, qui sont ensuite remorqués par avion jusqu’à leur destination.

3. Avant l’arrivée de la « ville », une équipe de géomètres, électriciens, etc. a converti un bâtiment désaffecté de la communauté choisie en station de rassemblement, d’informations et de relais. Des réseaux immatériels ont été créés avec des écoles locales et avec quelques grandes villes (permanentes).

4. La « ville » arrive. Elle est assemblée selon le site et les caractéristiques de la localité. Toutes les composantes ne seront pas forcément utilisées. La « ville » peut s’infiltrer dans les bâtiments et les rues, elle peut se fragmenter.

5. Manifestations, expositions et programmes éducatifs sont fournis en partie par la communauté locale et en partie par l’agence « ville ». De plus, les éléments locaux périphériques sont intégrés: foires, festivals, marchés, sociétés. Très souvent, on assiste à un rassemblement spontané de caravanes, de stands, de présentoirs et de personnel. L’événement que constitue Instant City pourrait être la réunion de manifestations qui, autrement, surviendrait de manière éparpillée dans la région.

6. La tente aérienne, les coupe-vent gonflables et d’autres abris sont érigés. De nombreuses unités de la « ville » possèdent leur propre enceinte taillée sur mesure.

7. La « ville » reste en place pendant une durée limitée.

8. Elle repart ensuite vers la localité suivante.

9. Après qu’un certain nombre de localités aient été visités, les stations de relais locales sont reliées entre elles. Communautés n°1 « nourrit » désormais une partie du programme dont bénéficiera Communauté n° 20.

10. Finalement, par cette combinaison d’événements physiques et électroniques, « perceptuels » et programmatiques, et par la mise en place de centres locaux d’expositions, une « ville » de communication pourrait bien prendre forme – la métropole du réseau national.

11. Il est presque certain que les éléments itinérants se modifieraient au fil du temps. Il est même vraisemblable qu’ils seraient retirés de la circulation par phases, après deux ou trois ans, pour faire place au réseau ainsi institué. » (Peter Cook, 1968. Source: Véronique Willemin, Maison Mobiles, éditions alternatives, Paris, 2005)

À écouter

David Hockney et son iPad


L’artiste anglais David Hockney s’est mis à l’iPad, le dernier jouet d’Apple. Grâce à une application, Brushes, l’artiste peut alors dessiner et envoyer le tout par courrier électronique. Certains seront toujours sceptiques, mais pour l’artiste ce nouvel outil est comme son carnet de croquis, ajoutant même qu’ »il va changer notre manière de voir les choses. » Rappelons que le iPad sort en France à la fin du mois de Mai, et que l’on peut déjà le précommander sur le site de la marque. Ensuite, on pourra jouer avec Brushes et se prendre pour un artiste… L’art flirte avec la vie…

Ernest T., entretien avec Jean-Yves Jouannais, extrait

Ernest T. l'amateur

Ernest T. est l’artiste invité du 55e salon de Montrouge. À cette occasion, nous pouvons lire dans le catalogue, en plus du très beau texte de Natacha Pugnet, un entretien avec Jean-Yves Jouannais.

Aux questions « Êtes vous quelqu’un d’en colère? Est-ce que la colère vous concerne? » Voici ce que l’artiste répond:

« Non, pas du tout. Les choses m’amusent. le système tel que je le dépeins, tel que je le critique aussi, me distrait plutôt. Il y a bien sûr des comportements qui m’irritent, des comportements de certains artistes. Et ce n’est pas qu’une question de génération. Mais, ils ont en commun de se poser en maîtres, de s’y croire. Ils sont pesants, ils ont un discours tout fait. Ils assènent des formules de publicitaires, le concept, le questionnement… Ils ne s’entendent jamais parler!

Et puis il y a la médiatisation à outrance. Ces jours-ci, les expositions Boltanski au Grand Palais et au MAC/VAL, l’avalanche d’interviews dans la presse le feraient passer pour un stakhanoviste. Ou alors il s’agit d’un entretien-type X fois dupliqué! Et pas un bémol, pas un article pour critiquer.

Au final, tout n’est qu’un jeu médiatique. Buren se targuait, il y a déjà plusieurs années, d’avoir fait plus d’expositions que Sol LeWitt. L’art, c’est comme la vie actuelle, on ne parle pas de la pertinence des oeuvres, mais de ce qu’elles coûtent en production et des sommes qu’elles atteignent en ventes publiques. »

Enfin, j’aime beaucoup la conclusion de Natacha Pugnet:

« Si les jeunes artistes devaient chercher au salon de Montrouge quelque forme de confort, Ernest T. ne les y aidera certainement pas. En revanche, pour ceux qui sauront comme lui ne pas se prendre trop au sérieux et ne pas se laisser aisément catégoriser, peut-être sa démarche sera-t-elle de quelque utilité. Non pas comme modèle bien sûr, mais comme objet de spéculation, intellectuelle, cette fois. Car ses « articles de démonstrations » sont tout sauf de la camelote que l’expression semble désigner. Si la démonstration est faite, c’est celle d’une position résolution critique, qui permet en tour au regardeur de faire l’épreuve de son jugement et de sa liberté. »