Carte blanche#9: Pauline Bastard

Carte blanche#8: Mélanie Lecointe

Mélanie Lecointe

Carte Blanche#7: Magda

UNE HISTOIRE DE STEPHANE LECOMTE par Magda

Stéphane Lecomte se réveilla tout habillé. Celui lui était inhabituel.

Il avait une faim d’ogre. Mais il résolut, comme il était artiste de métier, de se livrer d’abord à un sain exercice de créativité.

Car la créativité est une affaire d’entraînement quotidien, comme le savent la plupart des artistes.

Ainsi Stéphane Lecomte se leva de son lit et sortit de son appartement sans même se brosser les dents. Il descendit les cinq étages de son immeuble parisien. Au pied de l’escalier, il échauffa ses membres comme il se doit en s’appuyant contre la rampe. Pour un artiste, Stéphane Lecomte était drôlement souple.

Il entreprit de gravir les marches. Il croisa la voisine qui descendait avec son chien et qui fut tout étonnée de le voir monter intégralement vêtu. Mais Stéphane Lecomte n’avait nullement honte. Les artistes, comme on sait, sont des gens sans aucune pudeur.

Une fois arrivé au cinquième étage, il rentra chez lui, prit une feuille de canson, un pinceau, de l’aquarelle, et traça les mots suivants :

Performance dans les escaliers

J’ai monté les escaliers habillé

Et cela le remplit de fierté. Stéphane Lecomte n’était pas un des ces artistes que la frustration guette après chaque accomplissement. Il savait jouir de ses efforts.

Pour se féliciter, il voulut s’offrir un petit-déjeuner conséquent.

Il se rendit dans la cuisine et ouvrit la porte du frigo. Il se demanda s’il voulait manger le roc de marbre à roulettes, mais il n’avait pas envie de sucré. « Je dois me sustenter pour de bon », se disait-il. « Il me faut de la viande, de la vraie. »

C’est alors que le visage déconfit de la voisine lui revint en mémoire. Non pas qu’il eut envie de manger la voisine, qui n’était pas son genre avec son look punk. Mais il revit la laisse qu’elle tenait dans la main, et au bout de cette laisse, le chien de la voisine. Un joli colley, c’était.

Il sut qu’il devait manger ce colley coûte que coûte.

Il se dit qu’il amadouerait mieux la voisine s’il portait une tenue plus décente. Il n’avait pas raté le regard choqué de la jeune femme dans l’escalier, lorsqu’il avait audacieusement gravi les marches habillé.

Il n’avait pas de marcel, bien qu’il affectionnât la Méditerranée. Il n’avait pas non plus de peignoir, car sa peau séchait naturellement très vite après la douche. Mais il avait une robe de chambre héritée de l’ancien locataire, un truc pas croyable en soie, imprimé british. Comme c’était le même imprimé que le papier peint de la cuisine, l’ancien locataire en avait fait cadeau à Stéphane Lecomte.

Ainsi attifé, il courut à la recherche de la voisine.

Il la trouva qui crachait au visage d’un important galeriste de la place des Vosges. Le galeriste enregistrait la vitesse des crachats dans un mémo-enregistreur à l’aide d’un chronomètre. Stéphane Lecomte se demanda si ce n’était vraiment qu’une performance, car il avait eu vent des penchants sexuels étranges du galeriste. Ce n’était peut-être qu’un job pour la voisine, qui n’avait jamais le moindre sou.

Pendant ce temps, le colley pissait contre un arbre du square de la place des Vosges, comme un révolutionnaire.

Stéphane Lecomte détaillait la bête. Belle et élégante fourrure orange et blanche, museau brillant, oreilles pointues et fournies. Il imaginait déjà le menu. Un lit de lentilles, et dessus, l’animal. Un repas simple et paysan. « Ce soir, colley aux lentilles », se répétait-il.

Le chien était sans laisse, et s’éloignait de sa propriétaire. Dans sa robe de chambre, Stéphane Lecomte se félicitait de n’avoir même pas à distraire l’attention de la voisine. Il lui suffirait d’enlever le colley.

Mais voilà que la punkette se mit à siffler pour rapatrier la bête qui rappliqua ventre à terre. La voisine, le chien et le galeriste rentrèrent dans la galerie de ce dernier, mais Stéphane Lecomte n’osa pas les suivre, car il avait peur d’être reconnu par l’homme.

En effet, l’an dernier, Stéphane Lecomte s’était livré à une performance extrêmement périlleuse, pour le compte de ce galeriste, au Salon de l’Auto. Les médias avaient répondu à l’appel. La performance serait diffusée en direct. Stéphane Lecomte n’avait pas droit à l’erreur.

Il devait demander le prix de la grosse berline Mercedes à la jeune femme en jupe courte qui était allongée dessus.

Mais à son approche, la jeune femme s’était mise à hurler que c’était du harcèlement sexuel. La sécurité avait viré Stéphane Lecomte et le galeriste avait été accusé de pornographie.

Aussi, Stéphane Lecomte s’éloigna de la place des Vosges.

Mais il se souvint en chemin d’un petit boui-boui où l’on servait des plats sans prétention. Il s’y rendit les mains dans les poches et y commanda un dauphin-frites tout simple.

Car Stéphane Lecomte n’était pas de ces artistes à qui il faut des mets délicats et hors de prix en compagnie d’hommes politiques influents. Il savait se contenter de l’essentiel.


Magda

Carte blanche#6: Pierre Petit

Tu n’es pas une étoile est une pièce réalisée en 2008
Cette pièce ce compose d’une armoire métallique qui sert au rangement de CD. A l’intérieur se trouve un verre qui reprend les signes du drapeau américain. Ce verre repose sur deux CD . Le premier contient le texte  plus des photographies de : Tu n’es pas une étoile. Le second CD contient le texte sonore de  Tu n’es pas une étoile.

14,5 cm x 14,5 cm. Hauteur 30cm. Verre H 15,5 cm section 9,5 cm

Tu n’es pas une étoile*** (écoutez)

Tu n’es pas une étoile

Les voyants sont aux rouges, Barbie et Pokémon n’ont plus la cote. Faut-il avoir peur de l’hécatombe des abeilles. La tondeuse pivotante, c’est nouveau dans votre vie. Une foule émue célèbre Padré  Pio. Plus de dons aux pays pauvres et des fleurs pour les précaires inconnus.Une famille décimée. De l’extase au cauchemar. Ce sont les changements auxquels il faut s’attendre.

Carte blanche#5: Régis Gonzalez

série Postache: Postache n°1 d'après Maitre de Moulins "enfant en prière"- 2008

Lilly

Mon Papa, c’est le meilleur des papas. Il nous a sauvé la vie à moi et à Maman. De quoi il nous à sauvé la vie ? Et bien des extra-terrestres pardi, t’es bête.

C’est la guerre.

Ils sont partout sur la terre. Maman et moi, on reste dans la chambre noire comme dit Papa. Je ne sais pas comment c’est dehors. Mon Papa, il est courageux, c’est lui qui va chercher à manger pour nous et il les tue quand il en voit un. Ah oui Papa il est courageux.

Les gens vieillissent plus vite dehors, c’est pour ça que Papa il est vieux par rapport à Maman. Le pauvre.

On reste dans la chambre noire tout le temps. Il n’y a que la lampe de Maman qui nous donne un peu de lumière. Comme ça, elle peut me raconter des histoires qu’il y a dans le livre qui s’appelle TéléPlus. Je les connais par coeur mais Maman me les raconte quand même. Ne le dit à personne, mais je sais que Maman invente beaucoup de choses pour me tenir en haleine. Elle est belle Maman, mais elle est pas faite pareille que moi. Oui, c’est bizarre car au dessous de mes genoux, j’ai un tibia et un pied alors que Maman elle a rien. Je ne sais pas si elle me dit la verité mais quand j’étais petite, elle me disait que toutes les Mamans étaient comme ça et que quand je serais grande, mes jambes rétrécierais aussi. Beurk. Et bien, j’ai 21 ans et mes jambes sont toujours là, mais c’est peut être parce que je ne suis pas encore Maman. Peut être bientôt si j’ai de la chance !

Parfois, c’est long, je m’ennuie, alors je me mets à rêver que je sors de la chambre noire et que dehors il y a pleins de petites Lilly qui courent et qui rient. Et puis y’aurait aussi des Mac Gailleveur et des Cristophe Chevadanne et tous mes autres maris de TéléPlus. Et je leur toucherais le zizi et je serais moi aussi Maman. Tant pis pour mes jambes.

Quand je m’ennuie trop, je parle à mon meilleur ami. Il est très musclé, il a un bandeau sur l’oeil et il n’a pas de jambes. Maman m’a dit qu’il s’appellait ReactionMan mais moi je l’ai appelé Roberto. Roberto il est un peu idiot, il faut tout le temps tout lui expliquer. Mais il est gentil, il m’écoute toujours. Dés fois, on parle des extra-terrestres, il m’a raconté qu’ils sont tous blancs. Et quand ils t’attrappent, ils te séparent de ta Maman, de ton Papa, et t’es toute seule. Toute seule toute seule. Dans leur vaisseau, c’est tout blanc aussi. Tellement blanc que si tu laisses les yeux ouverts et bien tu ne vois rien ni personne. Et ils t’obligent à manger des trucs qui font que tout est au ralenti. Ils font pleins d’expériences sur ton cerveau pour voir ce qu’il y a dedans et pour savoir comment tu penses. Et quand tu n’as plus de force pour vivre, ils te jettent dans une décharge avec tous les autres morts. Mais ils ne m’auront pas car Papa veille sur nous.

Y’a un copain que Maman n’aime pas, c’est Kikou le cafard. Maman elle essaie tout le temps de le tuer mais moi je le cache dans mon chausson et le soir, je lui donne un peu de mie de pain. Et le matin, j’ai le pied tout propre! Elle dit qu’il est sale et qu’il colporte des maladies. Mais moi, je n’ai jamais été malade, j’ai juste des boutons rouges sur les bras et les jambes des fois. Mais c’est pas Kikou, c’est l’humidité. Même si Papa à mis une aération avec un ventilateur, ça ne suffit pas. Ca me fait tousser des fois aussi. Et Maman elle pleure quand elle me voit comme ça, elle a peur que je meure, mais je n’ai jamais mouru. Papa il dit que je suis une « costaude », c’est rigolo le mot costaude. Si j’ai un autre ami, je l’appellerais comme ça.

Youpi, j’entends Papa qui descend. Il met longtemps à ouvrir tout ce qu’il faut pour venir à notre cachette. La porte en béton mesure au moins un mètre d’épaisseur. Et après la porte, ben je sais pas. Je penses qu’il y a d’autres portes. Papa a su nous mettre bien à l’abris des extra-terrestres.

J’ai les bras qui me grattent.

-       Maman ?

-       Oui ma chérie ?

-       Tu peux me mettre de la crème ?

-       Oh non, tu as encore de l’éxema… laisse moi voir…oui c’est ça. Toute cette humidité va finir par nous tuer.

-       C’est pas grave Maman, Papa à dit que bientôt ce serait fini. T’as qu’à lui demander de la pommade, il arrive, tu ne l’entends pas ?

-       Si ma fille, je l’entends, je l’entends…

Enfin, Papa arrive. Il arrive avec des cadeaux peut être ?

Maman reste dans son coin, mais moi je saute au cou de Papa.

-       T’as tué beaucoup d’extra-terrestres dit ?

-       Oui ma fille, mais il y en a encore énormément tu sais. Il va falloir que tu sois forte. Tu es forte n’est-ce-pas ma chérie ?

-       Oui Papa, regarde mes muscles.

-       Oui chérie, tu es forte. Allez, va dans ton coin, il faut que je parle avec Maman.

Je vais dans mon coin discuter avec Roberto.

Des fois, quand Papa me dis d’aller dans mon coin, je sais qu’il raconte les choses pas belles qu’il a vu dehors, et Maman elle pleure et elle crie que c’est pas possible, qu’elle en peut plus, qu’elle veut sortir.

Alors, Papa, il la calme en lui disant des mots doux et il fait du bien à Maman. Des fois même, Maman fait de drôle de bruits, des petits bruits d’oiseaux.

Après, Papa repart guetter la maison pour nous protéger.

Il fait tout le temps noir dehors, y a plus de soleil. Je n’ai jamais vu le soleil, mais Maman m’a raconté. Elle m’a dit que cela faisait tout doux sur la peau et quand Maman me raconte ça, elle me pose sa main toute chaude sur le front pour que j’imagine ce que le soleil fait. Et c’est bon. Elle m’a dit que c’était comme si tu revivais de tes cendres. Je n’ai jamais compris ce que cela voulait dire et Maman n’a jamais voulu m’expliquer, elle pense que je le saurais bien assez tôt.

Mais cette fois-ci, au moment où Papa ouvrit la porte, une lumière blanche aveuglante entra dans la chambre noire tuant Papa sur le coup. Son corps retomba sur moi. Je perdis connaissance pour me réveiller dans une pièce blanche. Les murs, le sol, le plafond sont fait d’une matière toute douce et molle. Maman n’est pas là, je suis toute seule toute seule. J’ai peur. Les extras terrestres vont me faire du mal, ils vont regarder dans mon cerveau. J’ai peur. Je regarde mes mains, elles sont ridées, tellement ridées qu’on dirait celle de Papa. Et ces maux de tête…J’essaie de crier mais il n’y a que des sons aigus qui sortent de ma bouche parce que je n’ai plus de langue.

Que m’ont-ils fait ? Mais que m’ont-ils fait ?

Depuis combien de temps suis-je ici ?

Des jours, peut être des semaines que je suis seule. Par une trappe, ils m’apportent à manger. C’est pas bon pas bon. Il y a un trou dans un coin, c’est pour faire mon pipi et mon caca.

La porte s’ouvre et les extra-terrestres tout blancs entrent et me prennent par les pieds et les mains, m’attachent et me transportent dans une autre pièce blanche. J’ai du mal à ouvrir les yeux, la lumière est trop forte. Je les sens mettre des choses sur mes tempes et mon crâne. Un flash me paralyse et je m’évanouis.

Au reveil, je suis aveugle, tout est noir. J’ai du mal à respirer. Je ne peux pas bouger, il n’y a pas de place.

Maman est là, tout près de moi, et Papa aussi, les petites Lilly me font des sourires et je les entends rire. Maman n’a jamais été aussi belle, le soleil traverse ses doux cheveux blonds et Papa me regarde en souriant. J’entends le crépitement des flammes, je regarde le soleil et met ma main devant mes yeux pour me protéger. Ma main est toute rouge, presque transparente.

Je peux enfin respirer.

Nouvelle tirée d’un recueil de nouvelles qui paraîtra en édition et qui sera illustré par des plasticiens.

Carte Blanche#4: Frédéric Maîtrehenry

Welp

En vacances de koons

Carte Blanche#3: Yves Robuschi

"sans-titre", installation, 16 x 8 cm, 2010

Carte Blanche#2: Souche

Carte Blanche #1: Antoine Dufeu

Extrait de

Nous

paru aux éditions MIX. en 2006

Antoine Dufeu

Parce que nous ne marchons pas de concert avec notre époque, intrépides et intempestifs, nous finissons par agir de manière sereinement déterminée et organisée. Notre enthousiasme et nos états, parfois euphoriques d’autres fois tristes, soutiennent par intermittence l’effort pensé dans sa discontinuité que nous fondons pour arriver à nos fins.

D’autres, ou plus tard ou un peu plus tard, nous accompagneront et prendront le relais.

Dans les périodes vides qui affectent nos subjectivités et ponctuent cet effort, nous faisons face à l’époque telle qu’elle est, parfois légèrement courbés à défaut d’être complètement abattus. Nous sommes tels que nous sommes une humanité à venir.

Reste que nous avons suffisamment attendu et que nous passons dorénavant à l’acte.

La terreur règne. Elle règne insidieusement et sournoisement ; elle étend son emprise sur nous qui faisons semblant de nous croire – sans nous penser – impunément libres. Quant à son empire, rien de définitif car nous le combattrons singulièrement jusqu’à ce qu’il s’effondre. Autant dire que nous ne sommes pas libres. Que nous ne sommes pas encore libres. Autant dire que nous ne le serons pas tant que nous continuerons à poser la finitude en premier lorsque c’est l’infini et l’éternité qu’il nous faut aujourd’hui affirmer pour nous ravir à notre état évanescent. Non, nous ne sommes pas libres. Nous ne sommes pas libres mais bel et bien vivants, par là immortels, ce qui suffit à nous entraîner aux points d’où nous dessinons des espaces, de nouveaux volumes, de nouveaux contours à la liberté que nous voulons pour demain, très bientôt. Nous ne sommes pas libres. Nous avons même l’impression de voir notre idée de la liberté régresser, être malmenée, raillée par une morale qui ne dit pas son nom, celle de l’éparpillement – outre la division – mortel. Mais, heureusement, nous sommes passionnés. Heureusement, deux cœurs battant à l’unisson suffisent pour réinvestir la parole affirmative. Heureusement, nous croisons des regards qui, l’espace d’un instant, fusent par-deçà l’horizon. Heureusement, quelques nuages sur un fond de ciel gris ou bleu suffisent à nous inciter à nous penser autrement que les pieds sur terre. Heureusement… certes et mieux encore sauf que nous ne sommes pas libres et que nous ne serons pas libres tant que certains d’entre nous craindront à raison pour leur vie. Vraiment, nous ne serons pas libres tant que certains d’entre nous seront persécutés. Nous ne serons pas libres tant que nous les persécuterons sciemment tout en assurant du contraire. Là se situe précisément le nœud de notre servitude volontaire. Nous ne serons pas libres tant que la morale empêchera l’avènement du règne de la pensée. Nous ne serons pas libres tant que nous ne cesserons pas de participer à ce qui se passe, se fait ou se pratique parce que cela se passe, se fait ou se pratique. Nous ne serons pas libres tant que nous n’aurons pas l’impression de venir de naître. Nous ne serons pas libres tant que nous persisterons à nous complaire dans une période noire, la nôtre, ultra descriptible et insupportable. Nous ne serons pas libres tant que le monde nous imposera ses contagions et ses misères. Nous ne serons pas libres tant que nous n’aurons pas ensemble participé à l’émergence d’un monde nouveau, d’un monde qui se considère comme une constellation. Nous ne serons pas libres tant que nous organiserons et entretiendrons la déception, le désespoir, le dépit, la suspicion, le misérabilisme et le défaitisme. Nous ne serons pas libres tant que nous ferons semblant de vivre et de respirer. Nous ne serons pas libres tant que nous n’assumerons pas frontalement notre condition d’êtres magnifiques et cruels à la fois, tant que nous nierons les conséquences de nos actes et nous réfugierons derrière le paravent de nos histoires personnelles et des conditions sociales. Nous ne serons pas libres tant que nous reporterons la responsabilité de nos actes rapportés à notre savoir-faire sur n’importe quoi ou qui d’autre que nous. Nous ne serons pas libres et demeurerons lassés tant que nous ne conduirons pas nos pensées affamées jusqu’à leur vertige : d’autres pensées, sauts dans l’inconnu, futur préfiguré. Nous ne serons pas libres tant que nous nous contenterons de l’apparence d’être ce que nous sommes. Nous ne serons pas libres tant qu’une piètre idée du bonheur, mélange d’invocations à la solidarité et de coups fourrés dans l’intimité des situations, primera sur les vérités, les beautés et les passions dont nous sommes les sujets, les humbles sujets mais les sujets tout de même plutôt que les objets.

Cet été c’est cartes blanches sur le blog!

Quand on décide de créer un blog, c’est que l’on a la prétention et l’ambition de vouloir dire quelque chose de différent, par rapport à ce que l’on entend, ce que l’on peut lire dans les différents médias. Quand on décide de créer un blog, c’est aussi que l’on a un égo assez développé, croyant que ce que l’on écrit va toucher et intéresser de nombreux lecteurs.

De mon côté, si j’ai décidé de créer ce blog, qui a eu des titres différents, c’est parce que j’avais peur d’oublier ce que je voyais. Le blog me permettait comme un carnet, de noter mes ressentis sur des expositions, des artistes, des évènements. Et puis, la forme a évolué, j’ai rencontré des artistes qui ont accepté de faire des entretiens, j’ai rencontré toutes sortes de personnes passionnantes qui m’ont appris sur eux, sur leur travail, sur l’art.

Quand on décide de créer un blog sur l’art, c’est que l’on a l’envie de montrer autre chose. Et le désir était bien là. Il l’est toujours, mais les fréquences des articles sont aléatoires, j’essaie aussi de faire évoluer le blog avec mes désirs. Je pense écrire beaucoup plus sur les livres que je peux lire qu’au début, je pense aussi à plus d’entretiens… Un blog, ce n’est pas qu’un journal intime, que l’on exhibe à des inconnus, en attendant des commentaires. Un blog c’est un petit espace de liberté qui nous permet de nous exprimer.

Cet été, j’ai décidé d’ouvrir ce blog à d’autres personnalités sous la forme de cartes blanches. Si la formule me plait, il se peut qu’elle perdure dans le temps. L’idée est de partager un espace avec des personnes que je connais, certaines plus que d’autres, aux points de vues différents, aux goûts multiples, aux expressions singulières. Tout ceci dans la bonne humeur, et autour de victuailles et de bières que l’on affectionne tant. Il y aura donc des poètes, des artistes, des critiques, des historiens… Les formes, je l’espère, seront diverses et variées, étonnantes, parfois inédites.

Quand on décide de créer un blog, c’est souvent pour sa gueule. Un blog c’est bon aussi quand ça se partage!

Bonnes visites, et bel été!