Comment l’esprit vient à la matière, une proposition en deux actes de Stéphane Corréard

Théo Mercier

Stéphane Corréard fait une proposition tout à fait singulière dans deux galeries parisiennes, la galerie Loevenbruck et la galerie Gabrielle Maubrie. Deux parties comme deux réponses à ce « comment l’esprit vient à la matière. »

Ces expositions présentent des artistes d’horizons différents, certains sont même marginaux, et moins visibles. Je pense notamment à Jean-Michel Sanejouand ou Antoni Miralda. D’autres que je ne connaissais pas, comme Ted Mineo et ses peintures de pizza, ou Nader Ahriman, un peintre allemand né en 1964, étonnant. À la galerie Loevenbruck, où cette première partie est intitulée « Métaphysique Chimie », ces deux artistes sont rejoints par Arnaud Labelle-Rojoux et Xavier Boussiron (et leur âne Boronali que l’on avait vu à la Force de l’art l’année dernière au Grand Palais) et par Philippe Mayaux et ses deux belles peintures à la tempera où le coq n’est pa à la fête.

À la galerie Gabrielle Maubrie, c’est « Le beau est un moment du laid ». Les artistes sont plus nombreux, on y retrouve Labelle-Rojoux et une « fantômette aux bains douche », seul artiste présent dans les deux sites. Cette deuxième partie est réjouissante, tant par l’hétérogénéité des artistes que par la qualité des œuvres proposées. Je pense notamment à cette pièce de Théo Mercier (que l’on reverra bientôt à Dynasty), une composition de fausses fleurs et faux légumes habillés de petits yeux moqueurs, rendant la scène de nature morte risible. Le risible, il y en a encore avec l’artiste belge Jacques Lizène. Le spécialiste de la médiocrité présente un assemblage bancal d’une planche à roulettes, d’une vidéo où l’on veut voir jouer d’une petite guitare et d’une peinture nulle. Une pièce vraiment belle et très représentative de l’art de Lizène, un artiste que l’on aimerait voir à Paris pour une rétrospective tant il est important dans cette attitude marginale et tout sauf sérieuse. Il y a aussi ce congélateur de Simon Nicaise qui garde au frais plusieurs boules de neige prête à l’emploi. On imagine la bataille! Matali Crasset propose un canapé fait de sac de couleurs bon marchés, Guillaume Bijl nous offre la robe d’Eva Braun.

Jacques Lizène

Cette deuxième partie joue du Ready made, toutes les œuvres de cette exposition composent avec des objets du quotidien, du réel, pour le détourner et donner un nouveau sens au visiteur. Parfois minimales, comme la proposition de Jiri Kovanda avec ce sac de guimauve suspendu à un fil et relié à un marteau, une pièce que les visiteurs de la Fiac avaient pu voir il y a quelques années, au stand de la galerie GB agency, ou encore ce balancier de Sanejouand où reposent deux belles pierres, parfois colorées comme l’œuvre de Gérard Deschamps, qui créé une sculpture murale avec des objets gonflables ou encore les T d’Ernest T. faits d’un liquide imbuvable, les œuvres sont toutes des compositions poétiques posées là le temps d’une exposition.

Les détracteurs diront que c’est facile de poser une serviette sur statue, qu’il n’y a rien d’exceptionnel dans cette collection de paquets de mouchoirs ornés de la figure Mona Lisa, et seront encore plus dubitatifs devant cette œuvre d’Haim Steinbach, intitulée « The Village People ». La force de cette exposition réside dans cette question que l’art est bien autour de nous, mais qu’il faut ouvrir les yeux pour en rassembler les morceaux. Finalement, il n’y a pas d’interrogation du réel ou de questionnement de notre rapport au quotidien, mais bien plus une mise en valeur de cette poésie faite de rien, mais essentielle à la survie.

La Force de l’Art c’est terminé

La Force de l’Art , deuxième édition, c’est terminé, et l’heure est venue des bilans. Deuxième édition, d’une toute autre qualité que celle de 2006 où l’on ne respirait pas, non pas à cause du soleil étouffant, mais bien à cause du trop plein d’oeuvres. 2009, il y a moins d’oeuvres, il y a moins d’artistes. Et il y a aussi moins d’espace. Constat étrange quand on sait que la triennale parisienne se déroule sous la nef du Grand Palais, ce lieu qui accueille les Monumenta. Mais tous les espaces réservés à la quarantaine d’artistes sont minuscules, rares sont ceux qui en ressortent indemnes. Et dire qu’au tout début du projet, l’architecte Philippe Rahmsouhaitait 100 m2 par artiste. Passons donc ce ratage architectural, ce retour anecdotique au white cube.
On se retrouve donc sous la nef, avec cette « architecture » blanche. On note que la façade réalisée par Buren passe inaperçue. Dommage. Sous la verrière, on crève de chaud, surtout en cette fin de triennale. Sous la verrière, des artistes exhibent leurs forces. Le résultat n’est guère plus intéressant qu’un concours de jeunes garçons comparant leur virilité. Et chacun y va de sa petite idée qu’il transforme à grande échelle, car les moyens sont là. Les moyens sont là pour certains, étrangement ils ne le sont pas pour tous. Nous savons désormais que l’igloo de flocons de neige du Gentil Garçon a eu un coût de production avoisinant les 70 000 euros et que celui du gros cube noir se dandinant du duo Giraud et Sibony se rapproche des 100 000. (On constate déjà un fort écart entre les deux pièces, énorme écart même, pourquoi tous les artistes n’ont pas eu le même budget ?) Deux pièces anecdotiques, deux réalisations qui auraient mérité d’être recalées, ainsi l’espace pour les autres artistes aurait été plus grand. S’ajoutent à ces artistes, le kebab de Wang Du, où chacun des visiteurs se ruent pour couper un morceau de photo, et la maison découpée de Grout et Mazéas. Cette dernière semble n’être qu’un mauvais pastiche d’une réalisation du grand Matta-Clark. De plus, les artistes ont eu la savante idée d’ajouter un liquide à base de sirop sucré, un liquide dégoulinant dans les trous du plancher. Bref, vous l’avez compris l’intérêt n’est guère très grand. Avec ce genre de réalisations la Force de l’Art se rapproche du mauvais parc d’attraction. À la différence de la force de l’art, ces derniers ont le mérite  de proposer de véritables jeux où les visiteurs s’amusent réellement, sans avoir la prétention de dire que c’est de l’art. Aussi, ils y vont pour cela. Est-ce que l’on va à la force de l’art pour s’amuser ? De mon côté, ces pièces m’ont ennuyé, tout comme ces quelques sacs plastiques de couleur disposés par l’artiste Kader Attia. Ici, nous sommes dans l’une des plus belles impostures de l’évènement de l’art français. Il se dit aussi que l’artiste tiendrait à la disposition précise de chacun des sacs, jusqu’à venir très tôt le matin pour la vérifier. Et gare à ceux ou à celles qui tenteraient de les déplacer ! Ennui total, encore, avec cette pièce d’Olivier Bardin, génialement mauvaise, indigne d’un étudiant en première année des Beaux-arts, une pièce qui est censée nous interroger, nous spectateur, juste avec une série de photographies de visages.
Vous me direz que la Force de l’Art, version 2009, n’est guère trop passionnante, et vous n’avez pas totalement tord. On assiste à un évènement censé faire un état des lieux en France, et on se retrouve au milieu d’une lutte d’égos surdimensionnés, aussi gros que la boule respirante de Peinado. Jusqu’ici rien. Et pourtant, on note tout de même des pièces très belles. Je pense à James Coleman ou encore à Boris Achour. L’oeuvre de Coleman est intéressante. Il s’agit d’une vidéo, un « making-off » de la reconstitution photographique d’une gravure de Currier et Ives représentant la première bataille de la guerre de sécession. Dans cette vidéo, on remarque la constitution d’un décor, les acteurs en costumes. La fiction vient s’entremêler à un fait historique. Cela me fait penser à cette photographie de Robert Capa, « mort d’un soldat républicain »,  où l’on voit un homme foudroyé par une balle, prêt à s’écrouler. Pendant un long moment, il y a eu une grande polémique avec cette photographie, certains jugeaient qu’elle avait été orchestrée par le photographe. Mais, ses négatifs ont été retrouvés, et l’instant est véridique. Toujours est il que Coleman interroge ce que l’on nous donne à voir par le biais de photos et de vidéos. Surtout lorsqu’il s’agit de conflits où des soldats, des individus meurent.

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Je passe et j’arrive à ce que je pense être les deux meilleures propositions de la triennale parisienne. Deux duos, qui ne sont pas à leur première collaboration. D’un côté Xavier Boussiron et Arnaud Labelle-Rojoux et de l’autre Cannelle Tanc et Frédéric Vincent.
« Le miracle familier » du premier duo, est une belle histoire. « Le miracle familier » détonne par rapport aux oeuvres environnantes, « Le miracle familier » ne présente pas une oeuvre, mais des oeuvres. Cette fois, leurs rôles, aux oeuvres, changent, elles deviennent actrices d’une pièce en mouvement. Finalement, « le miracle familier » est un nouveau chapitre du manifeste de la passion triste des deux artistes ; un manifeste créé en 2005 qui  connu trois mouvements, une exposition, une soirée àBayonne et un livre, le coeur du mystère (édition particules). « Le miracle familier » est donc très proche de « les choses à leur place » que proposaient les deux compères au sein du Carré Musée Bonnat àBayonne. À l’époque, il s’agissait de reproduire une scène où défilaient les oeuvres, une scène proche du « centre récréatif et culturel espagnol » de la ville. Les deux artistes qui avaient accepté ce projet de commissariat, ont donc invité des artistes, et leurs oeuvres. « Les choses à leur place c’était une sorte de mise en abîme de la procédure spectaculaire de l’exposition qui confrontait sans hiérarchie quant à leur choix et à leur prestige des oeuvres exemplaires par leur présence. Avec au coeur de l’opération une pièce très particulière, volontairement ambiguë, le peu recommandable, quoique mythique, Coucher de soleil sur l’Adriatique du peintre fictif Boronali. » (On va encore manger froid ce soir, Sémiose édition, interview de Labelle-Rojoux par Éric Mangion, p.123) Boronali, on le retrouve au Grand Palais. On connaît le canular finement mené par Dorgeles qui fît peindre un âne et signa la toile Boronali. L’âne y est aussi, et il a un sourire presque moqueur, on tourne autour de lui et l’on peut alors bien observer son oeuvre qu’il tient entre ses pattes. Haha !
Sur scène les oeuvres se suivent. Tous les trois jours, on renouvèle les acteurs, les actrices Ainsi, se croisent des oeuvres de Philippe Ramette, d’Ernest T., de Labelle Rojoux, Pierre Bettencourt, Delphine Coindet, Manuel Ocampo…Finalement les oeuvres perdent de leur superbe, et le visiteur se voit déstabilisé dans ses habitudes de visiteur de grandes expositions qu’il faut voir à tout prix car il y a des affiches dans le métro. Les oeuvres sont convoquées sur scène, parfois d’époques totalement différentes, pour une remise à zéro des jugements de l’art, des oeuvres, et des artistes. Tout ceci se fait dans une ambiance que certains qualifieraient de kitsh ou de ringard, avec à chaque fois une nouvelle bande son. Un théâtre d’oeuvres était donc offert à voir pendant cet événement de l’art en France.
La critique on l’entend, elle murmure. « Arnaud Labelle-Rojoux est un bon historien d’art, mais là, il fait l’artiste. Et c’est trop. » Haha, c’est amusant, et ridicule ! Et alors que penser de ce binôme d’artistes qui a bousculé les parisiens dans leurs belles habitudes d’expositions. Ici, les cimaises sont absentes, ici l’art n’a pas de valeurs, ici on s’amuse et on envoie tout valser, ou tout casser. Même pas. Ce n’est même pas un geste provocateur, pas la provocation facile, celle qui est dénuée d’intérêt, non, il s’agit d’une réelle et bonne proposition sur l’art. Ici, il n’est donc pas question de montrer son engin, et de l’exhiber à tout le monde. Non, l’idée est beaucoup plus de provoquer une expérience esthétique avec un mariage d’oeuvres toutes aussi singulières.
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L’autre duo, composé de Cannelle Tanc et Frédéric Vincent , présente Archipel. Archipel est un laboratoire, est comme un lieu où le processus de création est offert à voir. Archipel c’est en quelque sorte l’oeuvre non identifiée de la Force de l’Art. La proposition des deux artistes français fait, il faut le constater, bande à part tant elle est inclassable. CannelleTanc et Frédéric Vincent ont invité quatre artistes (Camille Henrot, Richard Negre, Youssef Tabti, Georges Tony-Stoll) à intervenir dans leur archipel, à faire une vidéo autour du Grand Palais, sur le monument parisien. Chacun des six artistes ont donc filmé et monté leur vidéo avant et pendant la Force de l’Art. Cannelle Tanc nous propose alors une série de panoramiques réalisés pendant toute la durée de la manifestation du montage au décrochage des oeuvres. La dernière partie se réalisant pendant que j’écris ces quelques lignes. Frédéric Vincent a lui choisi de faire une série en six épisodes, baptisée Crystal Palace, une série où Christophe Colomb croise l’administrateur de la tour de Babel, une série qui a pour référence l’ouvrage de Peter Sloterdijk , Le Palais de Cristal. Richard Negre a lui réalisé un film d’animation image par image, avec une quantité folle de dessins. Toutes les vidéos étant réalisées avec l’aide d’un monteur, pendant la durée de l’exposition sous les regards curieux des visiteurs.
Cette proposition est singulière, et ce n’est pas parce que je joue le rôle d’un navigateur dans la vidéo de Frédéric Vincent que j’écris cela. Une proposition finalement très généreuse. Inviter des artistes, alors que les commissaires vous ont choisi, je trouve ceci très singulier et très rare. Une proposition à l’image de ce que Robert Filliou avait fait lors de cette exposition au centre Pompidou en 1978, avec une exposition intitulée « Poïpoïdrome, Hommage aux Dogons et aux Rimbauds ». On donne, on invite, on échange. L’exposition de 1978, alors que le centre venait d’ouvrir ses portes, réunissait plusieurs artistes, Jo Pfeufer, l’ami de Filliou, Adrienne Larue, et d’autres musiciens pour des concerts, alors qu’elle aurait pu se résumer en une simple rétrospective de l’oeuvre de Filliou Bref, Archipel n’est donc guère éloigné de l’esprit du génie sans talent. De plus, il faut ajouter à cela que la proposition désacralise l’art et l’objet d’art, a sa manière. S’ajoutent aux vidéos, que l’on pouvait voir, assis confortablement dans un siège design, des photographies des vidéos de Frédéric Vincent et Cannelle Tanc. Cette dernière exhibe même une carte de Paris trouée, séparée soigneusement des espaces verts, ne laissant qu’apparaître les rues de la capitale. Des photographies, comme des objets finis, se croisant à ces vidéos en train de se faire, dans un espace côtoyant le studio de montage, tout ceci relève de l’exhibition totale du processus créatif dans chacune de ses étapes. Un processus exhibé, cassant avec la folie de l’objet d’art, avec le fétichisme de l’oeuvre et la sacralisation de l’artiste star.

Cette année, à la Force de l’Art, il y avait ceux qui avaient les moyens et les autres qui se donnaient les moyens, il y avait ceux qui avaient la force et les autres qui avaient l’Art, il y avait ceux qui se regardaient le nombril et les autres qui s’amusaient, il y avait les anecdotiques que l’histoire oublirera et les autres que l’on garde soigneusement dans sa mémoire car il nous font encore réfléchir, car il nous font encore rêver, car ils nous aident à vivre.

Salon de Montrouge, la révolution est en marche

La 54e édition du salon de Montrouge va connaître de grandes révolutions, et je ne peux que féliciter les ambitions de la mairie pour cette grande manifestation, pour ce grand salon. (Vous pouvez lire ici ma colère contre les évènements passés.) Les dernières années font désormais partie d’une époque révolue, d’un salon  qui était fier d’afficher 190 artistes à son compteur. Mais, la renommée est retombée, et le salon de Montrouge n’était plus ce qu’il pouvait incarner. 2009 est l’année du changement. Elle profitera de deux événements importants, la force de l’art ( 24 Avril au 1er Juin 2009 au Grand Palais) , et l’exposition consacrée à Bernard Lamarche –Vadel qui se tiendra au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris (29 Mai au 6 Septembre 2009).

Stéphane Corréard est le nouveau directeur artistique du Salon deMontrouge. Grande figure de la critique contemporaine, il participe activement à la revue gratuite Particules , il est aussi collectionneur et galeriste. Il accepte donc la proposition du maire, Jean-Loup Metton, avec en contrepartie une révolution totale. Ce ne sont plus 190 artistes mais 82 qui seront présents. Fini le surplus d’oeuvres, parfois très mauvaises, fini les accrochages dans les escaliers, fini la surenchère au détriment des artistes. Stéphane Corréard a tranché. Certes ils seront moins nombreux, mais l’espace réservé à chacun d’eux sera plus grand, et ce n’est plus une oeuvre qui sera sélectionné mais un ensemble. Notons que c’est la designer, matali crasset , qui s’occupe de la scénographie du salon, dans ce tout nouveau lieu qu’est La Fabrique, ancien bâtiment industriel installé au coeur de la ville.

Moins d’artistes, plus d’espace. Nous sommes déjà heureux, et moi le premier, d’apprendre ces changements que l’on attendait sans trop y croire. Le Salon était englué dans un conservatisme fou mais il semblerait que la mairie veuille redorer son blason, et par conséquent aussi celui du salon.

Montrouge avait un salon d’art, ce n’était plus qu’une simple marque mais sans contenu, Stéphane Corréard est donc chargé de tout changer et d’y mettre sa patte. C’est donc lui, le premier, qui a feuilleté attentivement les 1000 dossiers que la marie a reçu. Le nouveau directeur artistique a fait une première sélection qu’il a transmise à son collège critique pour un nouveaux choix. À présent, ils ne sont plus que 82. Et dans ce Collège Critique, présidé par Gaël Charbau (Particules), on retrouve des personnalités comme Manou Farine (L’oeil, France Culture ), Patrice Joly (Zéro Deux ), Emmanuelle Lequeux ( Beaux-arts magazineLe Monde , Magazine), Erik Verhagen (Art Press ) … Le collège critique a donc sélectionné ces 82 artistes, et chacune de ces personnalités, au total 16, se retrouve être le parrain d’une poignée d’artistes exposant au Salon. Les critiques ont écrit un texte sur les artistes qu’ils défendent, un texte que l’on retrouve dans des mini-monographies.

Encore une révolution, l’artiste exposant au salon de Montrouge se verra remettre 300 exemplaire de sa propre mini-monographie, lui permettant alors de démarcher et de « promouvoir » son activité artistique. Autre point essentiel : les candidats à ce nouveau salon n’ont rien eu à débourser, contrairement aux autres années où les frais d’inscriptions n’étaient pas très modestes.

Ensuite, et ce n’est pas fini, des prix seront décernés par un jury présidé par Fabrice Hergott, directeur du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris . Trois prix récompenseront des artistes du salon, avec une expostion en 2010 au Palais de Tokyo .

Cerise sur le gâteau, cette année le Salon de Montrouge a un invité d’honneur : Arnaud Labelle-Rojoux. Faut-il rappeler qui est Arnaud Labelle-Rojoux ? (lire ceci à propos de son exposition au Mamac à Nice). Arnaud Labelle-Rojoux (que l’on retrouvera à la Force de l’Art en compagnie de Xavier Boussiron) fait partie de ces artistes qui ne travaillent jamais (parmi eux on retrouve Jean  Dupuy par exemple, ou Jacques Lizène) c’est pour moi une grande figure de l’art en France, un artiste important, un artiste d’attitude si on tenait à le qualifier. Il intervient à la fois comme plasticien avec une oeuvre qu’il a intitulé « SatyriconMontrouge » mais aussi comme enseignant de l’École Supérieur d’art de Nice, la Villa Arson , avec une présentation collective de 15 étudiants.

Avec « Satyricon-Montrouge », il s’agit de croiser deux figures montrougiennes, d’un côté Coluche et de l’autre Raymond Federman , « écrivain reconnu sinon reconnaissable » fils de Montrouge et subissant le destin tragique qu’est la Rafle du Vel d’Hiv en 1942 (à lire notammentChut ! , où il raconte comment sa mère à sauvé sa vie en le cachant dans le cabinet de débarras).  « Satyricon-Montrouge sera surtout « un mélange des genres (peintures, sculptures, objets, textes, photos…) un pot-pourri : ce que l’on appelle en latin satura…

Avec tous ces changements, il ne serait pas étonnant de constater que le Salon de Montrouge redeviendra un événement incontournable, un événement financé par la mairie, donc autonome par rapport au ministère de la Culture. A présent, je suis fier d’être Montrougien, et j’ai hâte d’être au 29 Avril 2009 pour le vernissage !

Salon de Montrouge

Du 30 Avril au 20 Mai 2009

“La Fabrique”

51 Avenue Jean Jaurès

92120 Montrouge

Entrée libre et gratuite


Arnaud Labelle-Rojoux, un artiste qu’il est bien!

Arnaud Labelle-Rojoux, un artiste qu'il est bien!
Je profite du dernier jour de son exposition parisienne pour écrire un texte sur Arnaud Labelle-Rojoux.
Le rire est le sale de l’homme !
 Arnaud Labelle-Rojoux , souvent qualifié de petit-fils de Duchamp, était grandement à l’honneur ces derniers mois. Récemment, on pouvait le voir en performance à la villa Arson (pour l’exposition « ne pas jouer avec les choses mortes »), il était aussi à Nice, au Mamac , pour « on va encore manger froid ce soir ». Il assurait brillamment aussi l’écriture d’un livre récemment sorti aux éditionssémioseesthétique du sentimentalisme .
L’actualité parisienne était à la galerie Loevenbruck . « Quoi ? encore une exposition ? » se présente comme un échantillon de l’exposition niçoise. Moins réussie, elle propose tout de même de beaux dessins, on pense notamment à ce cerveau dessiné de mémoire. L’intérêt, ici, n’est donc pas de critiquer l’exposition parisienne, mais beaucoup plus d’écrire (une première fois) sur cet artiste, Labelle-Rojoux le trublion.
Labelle-Rojoux, je l’ai découvert récemment, au Palais de Tokyo , pour « Notre histoire », en 2006. Une année auparavant, j’avais vu son exposition à Loevenbruck, « c’est quoi c’est dégueulasse ? » Trois ans, ça passe vite.
Labelle-Rojoux, c’est le rire c’est le sale de l’homme ! A bas l’esthétique léchée, lisse, lui, c’est sale, et de très mauvais goût ! Comme si Labelle-Rojoux écartait tout le bon goût qu’on lui a inculqué. « Mon adolescence s’est faite sur le rejet de cette double appartenance, bourgeoise et historique, tout en sachant que je n’échapperai ni à l’une ni à l’autre. » (voir catalogue)
Passé l’aspect biographique que l’on perçoit nettement dans son œuvre, on décèle toutefois une envie de multiplier les pieds de nez, comme une révolte permanente. Labelle-Rojoux, c’est le crado, les sculptures ne sont pas attirantes, et heureusement. Depuis quand l’art est attirant ? Il n’y a donc plus de contemplation, c’est fini ça. Alors, dans ce cas, oui, il peut faire partie de ces héritiers de R.Mutt. Mais, si l’on cherche une filiation, et si l’on en désire une coûte que coûte, je la perçois vers Francis Picabia, lui qui écrivait que « les gens sérieux ont une petit odeur de charogne. » Et Labelle-Rojoux applique a perfection le conseil du dadaiste, « la propreté est le luxe du pauvre : soyez sale. »
Si on s’attarde légèrement sur cette exposition niçoise, on décèle alors plusieurs pistes.
Labelle-Rojoux est le roi de la composition. Deleuze et son compère Guattari disent que « l’art c’est avant tout composition » (Qu’est ce que l’esthétique ?), Labelle-Rojoux le prouve avec ses murs. Il compose alors des œuvres à partir de pièces réalisées à des périodes différentes. Le tout faisant alors œuvre le temps de l’exposition. Ainsi, se croisent des dessins des sculptures, et aussi des écritures. L’écriture n’étant pas que littéraire, elle est aussi graphique.
« Depuis le milieu des années 90, d’abord sur le sol, puis sur les murs, les pièces que je mets en page donc, ou en scène, appartiennent, il faut le dire, à des périodes diverses, ce qui tout finalement s’équivaut. J’intègre des oeuvres des années 80, autant que des toutes récentes. C’est un «mix » ou un « remix » constant. »
Ainsi, Labelle-Rojoux compose à l’aide de plusieurs morceaux de son œuvre, une œuvre fictionnelle visible, sur un mur, le temps de l’exposition. L’artiste français créé son propre territoire. Notons qu’il est le premier à établir une histoire de la performance avec l’acte pour l’art (livre en attente de réédition). Rares sont ces artistes qui savent être passionnant dans leurs écriture littéraire.
Labelle-Rojoux, c’est le non-artiste de Kaprow (lire l’art et la vie confondus), c’est le spécialiste du mauvais goût. Une sorte de cancre qui évolue dans la classe des artistes contemporains. Lui c’est l’attitude de l’art (comme chez Lizène et Lebel) qui prend le dessus plutôt que l’attitude de l’artiste en vogue.
Labelle-Rojoux, c’est « l’anti-héros »par excellence (comme le lui propose E. Mangion dans cette interview), ou un « Héros de poussière » pour reprendre Taroop & Glabel. C’est un artiste capable d’organiser un chaos fait de pièces de tout genre, un artiste qui s’essaie « chaque jour à rater une œuvre d’art avec une succès certain », (Noguez, comment rater sa vie en 11 leçons), un « artiste de variété » (d’après lui).
Pour conclure (car ce texte en annonce d’autres), Labelle-Rojoux fait figure d’artiste indéfinissable, impossible à enfermer dans une catégorie, aux pratiques multiples, brouillant les pistes, parfois irrévérencieux. Et c’est tant mieux!

Labelle-Rojoux, on veut manger froid tous les soirs !