Le salon de Montrouge est terminé

Souche, Wood, Bois, Dimensions variables, 2007

Le salon de Montrouge 2010 est terminé, l’occasion pour moi de faire un bilan. Il faut le dire, c’est une expérience enrichissante que de participer à un salon, de plus quand on est montrougien, cela devient particulier. Le salon terminé, on devient nostalgique de l’effervescence qui nourrissait notre ventre à la veille du vernissage. C’est terminé, et des expositions, il y en aura d’autres, on l’espère, je l’espère.

Ce salon m’a permis de rencontrer des personnalités très sympathiques et toutes très attachantes. Je pense à Anna Byskov, une artiste dont j’aime particulièrement le travail tant par sa folie que par son originalité. Anna Byskov présentait des vidéos, où elle était en scène, soit en train de monter un escalier en carton, soit en train d’escalader une pente, soit en train de courir dans la forêt à se cogner contre les arbres. Elle avait placé devant ces écrans, des sièges très colorés qui nous invitaient à regarder ses aventures comiques. Pour moi, chez Anna Byskov, il y a quelque chose de l’ordre de l’idiotie, l’idiot qui répète une action qui ne fonctionnera pas, l’idiot qui s’entête. Se libère alors chez le regardeur, un rire moqueur, un rire de compassion, un rire qui n’est pas commun dans les allées de l’art.

Anna Byskov

En parlant de rire, j’arrive à Fabien Souche. Fabien Souche, qui a eu un prix lors de ce salon, et qui sera à l’honneur prochainement au Palais de Tokyo, nous proposait un mur composé de plusieurs réalisations, collages, lithographie, et photographies. Il y a de la fumisterie chez ce Souche, un artiste qui ne se prend pas au sérieux. Que ce soit ces collages, ou ces photographies, tout nous invite à sourire, à rire bêtement, à se demander aussi mais c’est quoi ce carton avec ces rebords trois fois trop longs. Souche, « personne stupide, sans intelligence, ni activité », nous propose une œuvre aux résonnances belges et surréalistes qui n’est pas pour déplaire, une œuvre rafraîchissante  qui fait table rase de cet art sérieux et propre sur lui. Souche, c’est aussi cet amateur de  rugby avec qui l’on peut échanger sur le Top 14, et boire une bière devant un match qui verrait la victoire tant attendue de son club fétiche, l’ASM Clermont Auvergne, en finale et remporter le bouclier de brennus.

Julien Nédélec

Au salon, on pouvait voir le travail du binôme Jérémy Flandin et Thibault Waré, une œuvre raffinée jouant avec le lieu, un mur composé d’une petite sculpture et d’un dessin. Il y avait aussi cette très belle construction du collectif Dop sur laquelle on pouvait voir de petites architectures. Aussi, non loin le travail de Julien Nédélec qui nous proposait de devenir un Super-Héros de l’infini en prenant un masque noir. Il y avait aussi cette pédale qui  inscrivait un Poum  sur le mur à chaque coup de pied, comme un instrument sourd qui nous faisait lire son bruit. En peinture, j’ai beaucoup aimé les pièces de Simon Bergala, des huiles sur bâche, ou sur t-shirt, le support débordant du châssis devient cadre, le sujet est coloré, parfois des tuyaux, proposant une représentation de la ville, de notre décor quotidien.

Le salon était riche cette année, hétérogène, avec des œuvres très différentes les unes par rapport aux autres. À présent, il faut espérer qu’il reste dans ce lieu, ce qui est moins sur, car La Fabrique appartient désormais à une banque française, qui souhaite y construire son siège. Il faut espérer que la formule perdure, car c’est très satisfaisant pour les artistes de pouvoir présenter un ensemble d’œuvres, plutôt qu’une qui viendrait se perdre dans la masse. Espérons que le salon ne retombe pas dans ses travers.

Stéphane Lecomte

Mais, cela n’arrivera pas tant le travail réalisé par l’organisation à été à la hauteur de mes attentes. À présent, je parle pour moi. Le salon de Montrouge, je le connais depuis maintenant quelques années. Je l’ai vu tomber dans un anonymat indigne, et devenir ringard. Pour moi, Montrougien, il n’était pas question d’y participer, tant la sélection était moins satisfaisante, tant l’accrochage était mauvais. Depuis l’année dernière, le salon a pris un tournant qu’il faut souligner et qui m’a incité à être candidat. Sélectionné et heureux de l’être, il fallait alors réfléchir à la réalisation d’une œuvre. Pour ma part, j’ai choisi de présenter un ensemble composé de dessins et d’objets, un ensemble assez hétérogène, qui proposait une œuvre totale sans style. Je ne suis pas à la recherche de mon style, je n’ai pas envie de me répéter dans ce qui pourrait me faire gagner de l’argent, je cherche des formes différentes qui vienne me nourrir, qui viennent me faire rebondir, car je tiens à toucher à tous les médiums. Il y avait alors des dessins au pastel, « morceaux choisis ». Il s’agit, ici, d’une série de dessin reprenant des morceaux déchirés dans des journaux que je retranscris en dessin sur un fond velouté en pastel. Les morceaux flottent dans des cieux colorés, pour donner une collection de papier déchirés. Il va s’en dire que les titres sont sélectionnés, et offrent une résonnance avec le quotidien et avec le Terrain idéal. Terrain idéal c’est bien le nom de cette œuvre totale. Tout rentre dedans, c’est pour cela que je ne décide pas de faire une hiérarchie entre mes réalisations, tout vient s’y loger. Et puis, il y avait ces dessins de caravane, car cet engin fait signe du voyage, il est comme un symbole, mais il est statique, comme un voyage sur place. La caravane se voyait alors découpée ou prise d’une crise de bulles de bande dessinée. Dans ces dernières bulles, on pouvait lire toutes sortes de phrases, de remarques, que j’ai entendu, des anecdotes sur l’art, le milieu de l’art. Comme un vernissage en caravane. L’ensemble composé sur le mur, avec ces petites voitures sur cailloux, cet autre dessin de Catherine de midi-six, proposait une œuvre en soi. Ce mur était alors une sorte de hachis parmentier, vous savez ce plat assez simple et réalisé à l’aide des restes de la semaine. Voilà, mon mur se composait de différentes pièces, sur un papier peint aux allures de voyage. Avec du recul, je me dis que j’aurais pu présenter une vidéo sur un petit écran…

Le salon de Montrouge est terminé et j’espère qu’il y aura d’autres expositions. Il y en a déjà en préparation…

C’est aujourd’hui!

Guillaume Dorvillé Hi Han série : FTW, 2009 mine de plomb et huile sur papier; 28 x 21 cm Courtesy Semiose galerie, Paris

Pendant que les puits de pétrole fuient, pendant que le fabricant du « Balloon Dog » de Jeff Koons fait faillite, pendant que Zahia D. fait des siennes au sein de l’équipe de France de foot, pendant que la crise perdure dans le Monde, pendant que Picasso bat tous les records aux enchères, pendant que le Président se courbe devant la Chine, Montrouge offre ce soir son 55e salon. Pour avoir vu la sélection, je vous garantie de sa belle hétérogénéité. Alors que certaines expositions s’entêtent à enfermer leur thématique autour d’une année de naissance, établissant alors une nouvelle élite artistique, balayant les plus anciens, Montrouge propose une sélection d’artistes à découvrir aux âges multiples. N’est-ce pas le rôle d’un tel salon que de s’atteler à la découverte pour faire émerger des artistes de tous horizons?

Le salon, ce 55e salon de Montrouge, est une vraie réussite. Nous pouvons voir un mur dessiné de Noé Nadaud, un paysage apocalyptique en noir et blanc, une construction du collectif Dop, des dessins de Guillaume Dorvillé, des peintures numériques tout a fait hilarantes de Geoffroy Monde.

Ce soir, à 19h, seront désignés les lauréats qui seront invités à exposer dans les Modules du Palais de Tokyo.

Ce soir, c’est vernissage, alors venez nombreux!