Casanova Forever

Casanova Forever

Comme les précédentes manifestations, Casanova Forever se déroulera dans plusieurs lieux, on parle d’une trentaine d’expositions, de rencontres, de lectures et de projections. On parle aussi d’artistes de grandes qualités pour rendre hommage à Casanova. En voici la liste : Laurette Atrux-Tallau, Jean-Luc Brisson, Jacques Charlier, Simone Decker, Aude Du Pasquier-Grall, Emmanuelle Etienne, Philippe Favier, Geneviève Favre Petroff, Tom Friedman, Paul Armand Gette, Delphine Gigoux-Martin, Grout/Mazéas, Inez et Eugène van Lamsweerde, Natacha Lesueur, Claude Lévêque, Frédérique Loutz, Maurin et La Spesa, Piet Moget, Jacques Monory, Vincent Olinet, Laurina Paperina, Alicia Paz, Guillaume Poulain, J.-J. Rousseau, Rüdiger Schöttle et le Jardin-Théâtre Bestiarium, Didier Trenet, Karim Zeriahen…

Le communiqué de presse nous rappelle un aspect non négligeable qui est celui de la présence d’artistes femmes dans au moins la moitié des expositions “la raison en est moins la question moderne de la parité, que celle qui devrait poser l’équivalence de la liberté de l’homme au XVIIIe siècle et celle de la femme au début du XXIe. Si l’homme avait la prérogative du jeu au XVIIIe, il est certain que les femmes sont d’aussi excellentes partenaires du jeu”

Je n’ai pas eu l’occasion de voir les précédentes manifestation organisé par ce Frac, mais le premier catalogue, Chauffe Marcel, est vraiment réussi, et la deuxième exposition, notamment grâce à la conférence de presse me donnait réellement envie. Espérons que cette fois-ci je puisse m’installer quelque temps dans la belle région du Languedoc Roussillon.

La manifestation sera présentée le Mardi 23 Février 2010 à 11h auPalais de Tokyo.

Alain Séchas

Alain SéchasAlain Séchas Galerie Chantal Crousel
Jusqu’au 23 Janvier 2009

Éric Troncy : « J’ai trouvé ça formidable, c’est absolument prodigieux. »
Vincent Huguet : « Et si c’était une bonne blague ? »
Corinne Rondeau : « La peinture devient affiche. »*

La première fois que j’ai vu la nouvelle peinture de Séchas, c’était en 2008, au musée Bourdelle. Tout d’abord désorienté, puis tour à tour fatigué, et finalement blasé, j’étais rentré vidé. Il faut dire que le contexte ne prêtait pas à l’extase, faute à la nuit blanche parisienne. Un an plus tard, je revois donc de nouvelles peintures. Le retournement est radical. Finis les chats ! Place à la peinture ! Il est vrai que cette peinture a des accents expressionnistes, elle est colorée, non figurative, gestuelle, assez proche de celle d’Oehlen. Mais pour autant, c’est intriguant. On peut même se demander si ce n’est pas anachronique de faire une telle peinture au début du 21e siècle.
Il est vrai qu’elle est belle cette peinture, on se plaît à s’y perdre devant, à se laisser regarder Hurons, ou Porte d’Italie. La peinture est maîtrisée, c’est certain, elle est réalisée à l’acrylique sur de grandes feuilles puis marouflée sur toiles. Alors, est-ce une bonne blague ou est-ce formidable ?
Il n’est pas aisé pour un artiste de faire un revirement quand on vous a tellement rattaché à un travail. Finalement, Séchas ce n’était plus que les chats. Des chats, que l’on voit apparaître pour la première fois en 1996, l’artiste est alors âgé de 41 ans. L’attitude de Séchas est loin d’être anodine, elle me fait penser à celle de Jean Dupuy qui détruit une grande partie de ses toiles en 1967 avant de partir s’installer aux États-Unis et donner une toute autre direction à son travail artistique.
Il s’agit alors de ne pas s’enfermer dans un style, pour se perdre ailleurs. Il s’agit de détruire pour recommencer ; autrement. Séchas réussit un tour de force qui n’est pas commun, à l’heure où chacun tente de trouver son style. Mais, le style c’est la répétition, et la répétition c’est l’ennui, l’ennui c’est la mort. Avec cette peinture, l’artiste français donne un coup de fouet à son travail.
Mais ceux qui connaissent le travail antérieur de Séchas, savent qu’il possède beaucoup d’humour. Je pense, ici, à cette série de dessins intitulée Suicide, représentant un homme sautant par sa fenêtre et tuant, à chaque étage, ses propres voisins, d’un coup de feu fatal, jusqu’à sa propre mort. Caustique non ? Et l’exposition à la galerie Chantal Crouselne se nomme t-elle pas « En attendant la chute » ?

* (15 décembre 2009, France Culture, Tout arrive, Arnaud Laporte)

Frédéric Lecomte

Frédéric Lecomte, à dessins perdus, à la galerie Claudine PapillonSouvent ça commence dans la marge. On gribouille sans trop savoir où ça ira. On gribouille, on noircit la marge, et le dessin vient briser cette rouge et stricte ligne verticale qui vient le séparer du reste de la feuille. Souvent ça commence dans la marge. Souvent ça reste dans la marge.

C’est bien cette maîtresse qui rappelle à ses écoliers : à vos rangs ! Ce sont ces derniers qui se chargent de le tenir, le rang, armés de leurs chaises colorées.

Frédéric Lecomte est de ces artistes qui vous surprennent, un de ces artistes poètes, un de ces artistes que l’on aime tant. Frédéric Lecomte présente ses tous derniers dessins à la galerie Claudine Papillon jusqu’au 23 Décembre 2009.

À la galerie, on peut y voir huit nouveaux dessins appartenant à la grosse quarantaine que l’artiste a réalisé ces derniers mois. Dessiner comme pour revenir aux fondamentaux, comme pour revenir à ce crayon, à ces feuilles blanches. Dessiner pour faire avec peu, pour faire beaucoup avec peu. Dessiner sur le monde. La panique devant la feuille blanche, le dessinateur l’a, et Frédéric Lecomte l’a eu aussi. Tracer ce trait, et ne pas y revenir. Noircir cette feuille, mais ne pas la salir. Pour dessiner les contours du monde. Ou pour le redessiner. Je pense ici à ces pendants. Juste des découpages des quatre coins de monde, assemblés et fixés simplement. Ils pendent et flottent. Simplement, comme pour souligner la fragilité ambiante.

C’est donc ce premier trait qui fait si peur, qui fait trembler. Mais il faut se lancer et puis partir. Il faut se lancer, et puis laisser « pourrir ». « Pourrir » c’est le verbe utilisé par Frédéric quand il parle de cette action de mise à l’écart du dessin, comme pour le laisser libre, le laisser vivre, le laisser mûrir, comme un bon fromage. Un fromage, on en retrouvera un tellement bon plus tard. Le dessin pourrit, et il faut le reprendre, le revoir, à nouveau. Il est là devant vos yeux, et c’est ça. Tout s’emboite. Mais il manque une dernière étape : la découpe. Et là, la panique redémarre, la peur du mauvais geste, du geste de trop, de ce geste qui fera tout basculer. Dessiner, comme découper, c’est savoir s’arrêter.

Jusqu’à présent, je connaissais les vidéos de Frédéric Lecomte. Des vidéos où il deshabille le blanc par exemple. Des vidéos où le découpage était déjà bien présent. Un découpage qui deshabillait l’image d’un surplus. Les vidéos, que l’on peut voir aussi en ce moment à la galerie, ont cette singularité toute particulière que je n’ai pu m’en décoller. Elles ont cette force qu’elles intriguent le spectateur, qu’elles l’hypnotisent vers un ailleurs. Les vidéos ne sont pas des clips, les vidéos sont celles d’un dessinateur qui joue avec des images animées volées sur l’écran de télévision. Découper, que ce soit avec la lame d’un cutter ou à l’aide d’un logiciel informatique, reste de l’ordre du dessin. Dessiner comme découper c’est choisir.

Dessiner c’est bien beau, mais quand on en a l’idée c’est bien plus beau. Dessiner pour vivre. Dessiner pour d’autres. Dessiner ce que l’on ne peut voir avec nos propres yeux, mais dessiner ce que nos mains, elles, percoivent.
Juste un noeud de fines lamelles de papier pour symboliser le quotidien de Gaza, un noeud qu’on ne saurait défaire, un noeud bien serré pour Gaz-à-feu. Représenter le monde, le présenter une nouvelle fois, le présenter d’une nouvelle manière, mais toujours le dessiner.

Mais voilà, parfois le dessin ne fonctionne pas, il ne plait pas, il est bancal. On le déchire. Et c’est une fois déchiré que le dessin redevient stable, qu’il plait de nouveau, qu’il devient enfin efficace. Et la déchirure fait l’intervalle de ce dessin écorché, où la police fait front sous ses boucliers, où les révoltés font face avec de simples pavés. Pour crier.

Il y a du corps, il y a du sang, il y a de la chair dans les dessins de Frédéric Lecomte, nettement du côté des insurgés, nettement du côté des marginaux, des petits, de ceux qui se défendent avec ce qu’ils ont sous la main. Faire avec ce que l’on a sous la main, pour survivre. Certains se battent comme d’autres bricolent. Dessiner pour survivre, pour vivre mieux, pour vivre encore.

Et l’on vit encore quand on entend la musique de la part de nos mesure ; ce fromage si bon dont je parlais plus haut. Cette pièce est étonnante, intringuante. Les parts de ce gros fromage blanc laissent surgir des archets venant caresser des verres de cristal remplis d’eau. La note est bonne et la dissonance se répète quand les verrres grincent. La pièce avait été montrée au début de l’année 2009 à l’Artothèque de Caen dans une configuration bien différente, plus écartée.

Non loin, le collier de mon père est une pièce tout aussi étonnante et bricolée. Il y a d’abord ces grands colliers que l’on voit pendre, que l’on voit bouger. Et puis il y a ces verres que les colliers retiennent, qui s’entrechoquent délicieusement sur le sol, avec en leur rencontre une perle. La pièce appartient à un triptyque, formé avec le collier de ma mère, et le collier de mon chien. Un ensemble que l’on aimerait tant voir ensemble.

Frédéric Lecomte offre une exposition d’une grande personnalité, une exposition qui fait du bien tant elle amène de la fraîcheur créatrice indispensable. Les oeuvres de Frédéric Lecomte sont celles d’un homme qui regarde le monde et qui nous le fait penser à travers des collages et décollages. À propos de Frédéric Lecomte, je ne peux m’empêcher de penser à ce poème de Ghéasim Luca, gREVE GENERALe sans fin ni commencement : la poésie sans langue, la révolution sans personne, l’amour sans fin.

Jan Bucquoy

Avec Jan Bucquoy, Paris devient belge ! Du 6 au 21 Novembre 2009, l’artiste belge s’installe à Immanence pour montrer une partie de son Musée du Slip, avec de nouvelles acquisitions, je pense ici à celui deChristophe Girard, celui de Plastic Bertrand, celui de Guillaume Durand… Avec Immanence, il débute le tour de France du Musée du Slip qui verra d’autres étapes à Lille (à l’hybride), Strasbourg…

Cette première exposition parisienne de l’artiste belge sera aussi l’occasion de montrer des parodies de Tintin, Bucquoy est très connu pour avoir peint la vie sexuelle du héros d’Hergé, et les non moins fameuses huiles sur toile.

Avec Bucquoy, la vie est belge (titre de son livre aux éditions Michalon). Il est vrai que le nom de Bucquoy a une toute autre résonnance chez nos voisins belges, qui ont pris l’habitude d’assister à ses coups d’Etat, à ses arrestations par les forces de l’ordre. Bucquoy est l’empêcheur de tourner en rond. C’est ce même artiste qui signe de nombreux films tous aussi cocasses les uns que les autres. On pense ici à Camping Cosmos ou aux Vacances de Noël (où il fait tourner son complice Noël Godin , au festival de Cannes).

Samedi dernier, le 24 Octobre 2009, à Immanence, à l’heure du grand week-end de foires parisiennes, Jan Bucquoy organisait une roue de la fortune (article sur microcassandre relatant l’évènement). Il s’agit d’une tombola où tout le monde a sa chance de gagner. Il ne faut pas oublier que la France est désormais belge, et que le coup d’Etat a eu lieu. Désormais, le système Bucquoy est appliqué, où hasard et jeu dominent et font le bonheur de tous.
« Après le coup d’État, on l’a dit, la belgitude sera basée sur le jeu. Les mandats politiques seront distribués au hasard, la propriété aussi. L’homme qui joue au lieu de l’homme qui travaille. » Alors oui, et surtout en France où le mérite à celui qui travaille plus, qui souffre au travail, est de rigueur, le système de Bucquoy va faire des ravages et des heureux. Ce samedi dernier, donc, à la Tombola, on pouvait gagner une multitude de lots ayant appartenu à un supporter communiste de l’Olympique de Marseille, fervent amateur d’art. Ainsi, on gagnait donc des écharpes du club phocéen, un buste de Staline, une oeuvre du Musée du Slip… Le tout s’est déroulé sous l’oeil attentif de la nouvelle présidente, élue le même jour.


Avec Bucquoy c’est le jeu qui domine. Fini le travail, fini le dur labeur où l’homme se tue. Avec Bucquoy, l’homme devient ce qu’il aurait dû toujours être : un joueur. Le jeu c’est la santé. Le travail est oublié et enterré. L’utopie de Bucquoy, belge dans toute sa splendeur, n’oublie pas pour autant le passage à l’action pour la mise en place de ce nouveau système. Des coups d’Etat sont organisés, Bucquoy prévient à l’avance, et les forces de l’ordre sont au rendez-vous. Bucquoy asticote le système pour mieux le révéler. Pour bloquer l’énergumène, la censure est la seule et unique solution.
Bucquoy s’amuse et amuse la galerie. Il va même jusqu’à poser nu pour l’affiche d’une exposition. Ce qui ne sera pas du goût de tout le monde. Voici des extraits du procès-verbal relatif à l’exposition de Jan Bucquoy au Cirque Divers, à Liège : « Ce mercredi 22 Janvier 1992 vers 14H00, de patrouille pédestre en tenue bourgeoise, de passage à Liège, rue du Pont côté opposé au n°3, notre attention a été attirée par une affiche contraire aux bonnes moeurs : un homme nu en semi-érection. Scandalisés, nous avons détaché cette affiche qui était fixée au moyen d’un adhésif transparent sur la vitrine d’un bâtiment désafecté (…). Les détails qui heurtent sont : la position de l’homme, poings serrés, placés à hauteur des hanches, prenant une attitude de dominateur…, qui cadrerait bien avec une scène de sado-masochisme, la laideur du corps, gras, abject et répugnant : homme sortant tout droit des bas fonds, le sexe se trouve en érection, sans éjaculation visible ou tout au moins en semi-érection, vu l’âge avancé de cet homme. »

Bucquoy, c’est aussi le créateur du musée de la Femme, en 1990. « Quand j’ai ouvert le musée de la Femme, j’avais réuni un certain nombre de femmes. Il y avait la femme indigène (donc belge), la femme-enfant, la femme fatale, la femme lesbienne, la femme bête, la femme noire, la femme pute, la femme invisible, la veuve Cliquot, la femme menstruée, la femme d’à côté, la veuve poignet, la dame pipi, et moi-même l’homme à femmes. Mon travail consistait à draguer des femmes toute la semaine pour les faire venir le dimanche matin. Mais il me manquait la femme nue (…). J’ai fini par mettre un petit panneau à ma porte « le musée de la Femme cherche femme nue. Exposition dimanche matin de neuf heures à douze heures. Sérieuse s’abstenir. » Une heure plus tard on sonne à la porte (…). Je suis la femme nue du musée de la Femme, je suis un chef d’oeuvre de la fin du XXe siècle, période Rubens ; mais je peux aussi être réaliste (elle rentre le ventre, surréaliste (elle sort un oeuf de mon frigo et le met dans sa bouche), expressionniste (elle écrase l’oeuf dans sa main), dadaïste ( elle met l’oeuf écrasé dans un sac en papier, souffle dans le sac et le fait exploser), postmoderne ( elle s’essuie les mains). » La femme nue étant trouvée, le musée de la Femme était au complet.

En 1992, un journaliste titre même « Jan Bucquoy ne repecte rien, mais est galant avec les dames ». Ce qui n’est pas l’avis de tous. L’artiste belge est l’invité de l’émission Ciel mon Mardi de Christophe Dechavanne. En face de lui et de ses femmes, Jean –Edern Hallier, Enrico Macias, Macha Béranger, et une féministe belge. Tous contre Bucquoy le fou, qui s’amuse avec la provocation. Dechavanne fait l’outré. Le spectacle est beau et toujours visible ici .
La carrière de Bucquoy, l’artiste subversif, est ponctuée d’arrestations, de procès, de censures, d’engueulades, ce qui viendra alimenter les archives de ses actions. Ce qui prime chez Bucquoy c’est bien son attitude, celle d’un artiste marginal, qui n’en a pas finit de perturber l’ordre ( qu’il soit politique ou artistique) rêgnant. Désormais, il s’attaque à la France…

Le vernissage aura lieu le Jeudi 5 Novembre 2009 à Immanence, 21 Avenue du Maine à Paris, en présence de l’artiste, de bières et de frites.

Cette exposition est une proposition de François Coadou et de moi-même, elle clôt la programmation axée autour de la notion de Bricolage débutée en septembre.

à lire un article de BIP

et un article dans le dernier numéro de Particules

Jean-Jacques Lebel

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Le 24 Octobre prochain débutera l’exposition « Soulèvements » de Jean-Jacques Lebel à la Maison rouge , avec comme commissaire d’exposition Jean De Loisy.
À cette occasion, chacun des espaces de la maison rouge sera consacré à un thème  cher à l’artiste. Aussi on retrouvera dès l’entrée l’art de la barricade ; pour l’artiste « toute cette exposition est une barricade. »
L’art de Jean-Jacques Lebel (né en 1936) est celui d’un insoumis, d’un empêcheur de tourner en rond, d’un insurgé. L’exposition va ainsi montrer toutes les facettes d’un artiste incontournable, qui a cotoyé Breton, Debord, Guattari, Filliou, Kaprow, Nam June Paik,  ( il a été le traducteur en français de poètes de la Beat Generation comme Burroughs, Ginsberg, Ferlinghetti, Corso ). C’est aussi le créateur du festival Polyphonix .
Polyphonix est une association fondée en 1979 avec le poète François Dufrène et le philosophe Christian Descamp, et Jacqueline Cahen, récemment décédée. Le terme est de Guattari et l’organisateur est Jean-Jacques Lebel. Pour Jacques Donguy, Lebel est bien l’introducteur du happening en Europe. Des soirées sont organisées dans différents lieux, et nous pourrons voir un festival Polyphonix à partir du 6 Novembre 2009 au 104 ( avec notamment une performance de John Giorno, et des projections de films).
Jean-Jacques Lebel est cet artiste inclassable, un artiste impossible d’enfermer dans une boîte. À la maison rouge, il y aura autant de ses oeuvres mais aussi celles de grands artistes comme Duchamp, Artaud ou Picabia, avec lesquelles il entretient toujour des dialogues très personnels.
Jean-Jacques Lebel parle de Poésie Action et tout particulièrement de Poésie directe. Ce mot est expliqué dans le texte de présentation du livre « Poésie en action ». « Poésie directe veut dire : sans intermédiaire. Contact immédiat entre l’émetteur et le récepteur. (…) Poésie directe veut dire aussi : sans dieu ni maître. La poésie telle que nous l’aimons dadaïse le langage, c’est-à-dire les règles du jeu social. »

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Lebel est cet artiste qui ne s’arrête jamais, que rien n’arrête, qui gueule, qui cri, qui collectionne tout, qui bouge, qui virevolte, qui est toujours révolté. Alors que certains petits artistes contemporains s’enlisent dans le marché, dans le circuit, et aime circuler au volant de leur dernier gros 4×4, accompagnés de leur dernière conquète, Lebel crie et ne se laisse pas avoir et bloquer dans un système. Mais le retrouver à la maison rouge, une fondation privée, n’est pas pour autant un non sens. Regardons dans les archives des expositions du très beau lieu parisien, et nous remarquons un grand intérêt de la part d’Antoine de Galbert pour ces artistes marginaux, comme Kudo ou Henry Darger, ou les artistes de l’art brut.

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Comme il est écrit plus haut, Jean-Jacques Lebel est l’introducteur du happening en France. Avant lui, d’autres artistes comme Kaprow (dont il n’a pas encore entendu parler)  en feront aux Etats-Unis, mais c’est bien lui qui amorcera cet art en Europe et en France, avec l’Anti Procès, en 1960. C’est dans un contexte de crise personnelle, par rapport à la peinture, par rapport aux galeries. « Dans ce circuit fermé, ce n’est pas seulement l’art qui s’achète, mais, à plus ou moins courte échéance, l’artiste lui même. Il est obligé de se vendre, donc de se transformer, lui aussi, en marchandise. » Pour revenir à l’Anti-Procès, « pour Alain Jouffroy et moi, c’était une révolte contre la fausse idée de Justice. Pas seulement la peine de mort, mais l’idée de jugement. » Et la première a eu lieu dans le cabaret de Pierre Prévet, la Fontaine des Quatre Saisons, rue de Grenelle, à Paris, dans une grande salle où étaient accrochées sur les murs des peintures de Mattat, Erro, Dufrène, Fahltström.. Le contexte qui provoqua la création de l’Anti-Procès est l’attitude de Guy Mollet, premier ministre socialiste, qui niait en pleurant à la télévision que la torture était pratiquée en Algérie. « L’Anti-Procès-réagissant aux massacres des Noirs à Sharpeville ( en Afrique du Sud) – était aussi un cri de rage et de dégoût conte le racisme et le colonialisme. Sur le mode jsute : celui de l’art sauvage (pas celui de « l’art engagé » ou de l’art–à-la-mode). »
Lebel ce n’est pas que le happening, il met en scène en 1967, « le Désir attrapé par la queue », pièce de Pablo Picasso, il prend part en 1968 aux activités du Mouvement du 22 mars, du groupe anarchiste « Noir et Rouge » et à « Informations et Correspondances Ouvrières ». C’est à cette même époque qu’il suit l’enseignement de Gilles Deleuze, il réalise aussi des collages et des peintures sur bois. Il crée aussi des sculptures sonores.

Guattari avait évoqué la notion d’art processuel à propos du travail de Jean-Jacques Lebel. Jean-Jacques Lebel c’est bien celui qui ne fait pas de différence entre l’art et la vie, qui confond les deux sans pour autant leurs donner de définitions simplistes, lui qui organise des expositions (je pense à cette exposition sur les écrivains qui dessinent), qui fait de la poésie…Je le rapprocherai de Robert Filliou. Ce dernier ne s’est pas laissé enfermer par Fluxus, ayant pour autant participé à des manifestations Fluxus, mais préférant vivre aussi son art seul. Jean-Jacques Lebel est l’un des derniers artistes anarchistes, marginaux qui fait du bien à entendre, qui appuie là ou ça fait mal. Et ça nous fait du bien.


sources: article XI, Jacques Donguy, Poésies expérimentales zone numérique , les presses du réel, 2007, Jean-Jacques Lebel et Arnaud Labelle-Rojoux, Poésie Directe, Opus international édition, 1994

Richard Fauguet, un bricoleur au Plateau

Richard Fauguet, un bricoleur au PlateauC’est une première exposition personnelle au Plateau pour l’artiste français nominé pour le prix Marcel Duchamp en 2007; une exposition à ne rater sous aucun prétexte. L’oeuvre de Richard Fauguet est simple, prolifique, aux multiples ramifications. Elle est celle d’un bricoleur. Car bricoler c’est tout d’abord expérimenter, comme expérimenter la sculpture avec de la vaisselle en verre. On assemble et cela ressemble étrangement à Dark Vador. Bricoler c’est opérer avec les « moyens du bord » (Claude Lévi-Strauss), avec ce que l’on a sous la main. Bricoler c’est utiliser tout les rebuts du réel pour composer un nouveau monde, un nouveau territoire. Et Richard Fauguet de nous ouvrir les portes de son territoire si particulier.

Les familles sont nombreuses dans l’oeuvre de l’artiste; chacune correspondant à une nouvelle expérimentation. Il y a les sculptures en verre, celles de globles, celles de céramiques, les dessins avec vénilia, les collages, les vidéos ou économiseurs d’écran, les ready made comme cette rangée de tablettes en formica…

Pas question de déployer de grands moyens techniques, ou même technologiques, l’oeuvre de Richard Fauguet se fait avec simplicité et raffinement, avec poésie. Elle prouve bien que l’on peut faire beaucoup avec peu, voir avec pas grand chose, voir avec presque rien.

Le bricoleur n’est guère trop éloigné du joueur. Bricoleur c’est bien jouer ; c’est jouer avec tout un « ça peut toujours servir » minutieusement collectionner (comme cette collection d’images Panini que l’on peut faire quand on est tout petit), mais jouer avec certaines règles finalement. Jouer avec ce qui n’est pas habituel, jouer du feu pour dessiner des portraits sur des draps, ou encore dessiner des soutiens gorge sur des lasagnes, ou reprendre le Vassily de Breuer avec des tuyaux de cheminée. La poésie est bien là car « tout ce qui est poésie se développe sous forme de jeu. » (huizinga)

Jouer pour créer de nouvelles techniques, de nouveaux savoir faire. Jouer et rester toujours aux aguets avec ce que la main rencontre, ce qu’elle ramasse, ce qu’elle pourra détourner à force d’expérimentations. Avec beaucoup de poésie et de simplicité, Richard Fauguet propose une exposition singulière et l’une des plus belles de cette période estivale.

La Force de l’Art c’est terminé

La Force de l’Art , deuxième édition, c’est terminé, et l’heure est venue des bilans. Deuxième édition, d’une toute autre qualité que celle de 2006 où l’on ne respirait pas, non pas à cause du soleil étouffant, mais bien à cause du trop plein d’oeuvres. 2009, il y a moins d’oeuvres, il y a moins d’artistes. Et il y a aussi moins d’espace. Constat étrange quand on sait que la triennale parisienne se déroule sous la nef du Grand Palais, ce lieu qui accueille les Monumenta. Mais tous les espaces réservés à la quarantaine d’artistes sont minuscules, rares sont ceux qui en ressortent indemnes. Et dire qu’au tout début du projet, l’architecte Philippe Rahmsouhaitait 100 m2 par artiste. Passons donc ce ratage architectural, ce retour anecdotique au white cube.
On se retrouve donc sous la nef, avec cette « architecture » blanche. On note que la façade réalisée par Buren passe inaperçue. Dommage. Sous la verrière, on crève de chaud, surtout en cette fin de triennale. Sous la verrière, des artistes exhibent leurs forces. Le résultat n’est guère plus intéressant qu’un concours de jeunes garçons comparant leur virilité. Et chacun y va de sa petite idée qu’il transforme à grande échelle, car les moyens sont là. Les moyens sont là pour certains, étrangement ils ne le sont pas pour tous. Nous savons désormais que l’igloo de flocons de neige du Gentil Garçon a eu un coût de production avoisinant les 70 000 euros et que celui du gros cube noir se dandinant du duo Giraud et Sibony se rapproche des 100 000. (On constate déjà un fort écart entre les deux pièces, énorme écart même, pourquoi tous les artistes n’ont pas eu le même budget ?) Deux pièces anecdotiques, deux réalisations qui auraient mérité d’être recalées, ainsi l’espace pour les autres artistes aurait été plus grand. S’ajoutent à ces artistes, le kebab de Wang Du, où chacun des visiteurs se ruent pour couper un morceau de photo, et la maison découpée de Grout et Mazéas. Cette dernière semble n’être qu’un mauvais pastiche d’une réalisation du grand Matta-Clark. De plus, les artistes ont eu la savante idée d’ajouter un liquide à base de sirop sucré, un liquide dégoulinant dans les trous du plancher. Bref, vous l’avez compris l’intérêt n’est guère très grand. Avec ce genre de réalisations la Force de l’Art se rapproche du mauvais parc d’attraction. À la différence de la force de l’art, ces derniers ont le mérite  de proposer de véritables jeux où les visiteurs s’amusent réellement, sans avoir la prétention de dire que c’est de l’art. Aussi, ils y vont pour cela. Est-ce que l’on va à la force de l’art pour s’amuser ? De mon côté, ces pièces m’ont ennuyé, tout comme ces quelques sacs plastiques de couleur disposés par l’artiste Kader Attia. Ici, nous sommes dans l’une des plus belles impostures de l’évènement de l’art français. Il se dit aussi que l’artiste tiendrait à la disposition précise de chacun des sacs, jusqu’à venir très tôt le matin pour la vérifier. Et gare à ceux ou à celles qui tenteraient de les déplacer ! Ennui total, encore, avec cette pièce d’Olivier Bardin, génialement mauvaise, indigne d’un étudiant en première année des Beaux-arts, une pièce qui est censée nous interroger, nous spectateur, juste avec une série de photographies de visages.
Vous me direz que la Force de l’Art, version 2009, n’est guère trop passionnante, et vous n’avez pas totalement tord. On assiste à un évènement censé faire un état des lieux en France, et on se retrouve au milieu d’une lutte d’égos surdimensionnés, aussi gros que la boule respirante de Peinado. Jusqu’ici rien. Et pourtant, on note tout de même des pièces très belles. Je pense à James Coleman ou encore à Boris Achour. L’oeuvre de Coleman est intéressante. Il s’agit d’une vidéo, un « making-off » de la reconstitution photographique d’une gravure de Currier et Ives représentant la première bataille de la guerre de sécession. Dans cette vidéo, on remarque la constitution d’un décor, les acteurs en costumes. La fiction vient s’entremêler à un fait historique. Cela me fait penser à cette photographie de Robert Capa, « mort d’un soldat républicain »,  où l’on voit un homme foudroyé par une balle, prêt à s’écrouler. Pendant un long moment, il y a eu une grande polémique avec cette photographie, certains jugeaient qu’elle avait été orchestrée par le photographe. Mais, ses négatifs ont été retrouvés, et l’instant est véridique. Toujours est il que Coleman interroge ce que l’on nous donne à voir par le biais de photos et de vidéos. Surtout lorsqu’il s’agit de conflits où des soldats, des individus meurent.

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Je passe et j’arrive à ce que je pense être les deux meilleures propositions de la triennale parisienne. Deux duos, qui ne sont pas à leur première collaboration. D’un côté Xavier Boussiron et Arnaud Labelle-Rojoux et de l’autre Cannelle Tanc et Frédéric Vincent.
« Le miracle familier » du premier duo, est une belle histoire. « Le miracle familier » détonne par rapport aux oeuvres environnantes, « Le miracle familier » ne présente pas une oeuvre, mais des oeuvres. Cette fois, leurs rôles, aux oeuvres, changent, elles deviennent actrices d’une pièce en mouvement. Finalement, « le miracle familier » est un nouveau chapitre du manifeste de la passion triste des deux artistes ; un manifeste créé en 2005 qui  connu trois mouvements, une exposition, une soirée àBayonne et un livre, le coeur du mystère (édition particules). « Le miracle familier » est donc très proche de « les choses à leur place » que proposaient les deux compères au sein du Carré Musée Bonnat àBayonne. À l’époque, il s’agissait de reproduire une scène où défilaient les oeuvres, une scène proche du « centre récréatif et culturel espagnol » de la ville. Les deux artistes qui avaient accepté ce projet de commissariat, ont donc invité des artistes, et leurs oeuvres. « Les choses à leur place c’était une sorte de mise en abîme de la procédure spectaculaire de l’exposition qui confrontait sans hiérarchie quant à leur choix et à leur prestige des oeuvres exemplaires par leur présence. Avec au coeur de l’opération une pièce très particulière, volontairement ambiguë, le peu recommandable, quoique mythique, Coucher de soleil sur l’Adriatique du peintre fictif Boronali. » (On va encore manger froid ce soir, Sémiose édition, interview de Labelle-Rojoux par Éric Mangion, p.123) Boronali, on le retrouve au Grand Palais. On connaît le canular finement mené par Dorgeles qui fît peindre un âne et signa la toile Boronali. L’âne y est aussi, et il a un sourire presque moqueur, on tourne autour de lui et l’on peut alors bien observer son oeuvre qu’il tient entre ses pattes. Haha !
Sur scène les oeuvres se suivent. Tous les trois jours, on renouvèle les acteurs, les actrices Ainsi, se croisent des oeuvres de Philippe Ramette, d’Ernest T., de Labelle Rojoux, Pierre Bettencourt, Delphine Coindet, Manuel Ocampo…Finalement les oeuvres perdent de leur superbe, et le visiteur se voit déstabilisé dans ses habitudes de visiteur de grandes expositions qu’il faut voir à tout prix car il y a des affiches dans le métro. Les oeuvres sont convoquées sur scène, parfois d’époques totalement différentes, pour une remise à zéro des jugements de l’art, des oeuvres, et des artistes. Tout ceci se fait dans une ambiance que certains qualifieraient de kitsh ou de ringard, avec à chaque fois une nouvelle bande son. Un théâtre d’oeuvres était donc offert à voir pendant cet événement de l’art en France.
La critique on l’entend, elle murmure. « Arnaud Labelle-Rojoux est un bon historien d’art, mais là, il fait l’artiste. Et c’est trop. » Haha, c’est amusant, et ridicule ! Et alors que penser de ce binôme d’artistes qui a bousculé les parisiens dans leurs belles habitudes d’expositions. Ici, les cimaises sont absentes, ici l’art n’a pas de valeurs, ici on s’amuse et on envoie tout valser, ou tout casser. Même pas. Ce n’est même pas un geste provocateur, pas la provocation facile, celle qui est dénuée d’intérêt, non, il s’agit d’une réelle et bonne proposition sur l’art. Ici, il n’est donc pas question de montrer son engin, et de l’exhiber à tout le monde. Non, l’idée est beaucoup plus de provoquer une expérience esthétique avec un mariage d’oeuvres toutes aussi singulières.
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L’autre duo, composé de Cannelle Tanc et Frédéric Vincent , présente Archipel. Archipel est un laboratoire, est comme un lieu où le processus de création est offert à voir. Archipel c’est en quelque sorte l’oeuvre non identifiée de la Force de l’Art. La proposition des deux artistes français fait, il faut le constater, bande à part tant elle est inclassable. CannelleTanc et Frédéric Vincent ont invité quatre artistes (Camille Henrot, Richard Negre, Youssef Tabti, Georges Tony-Stoll) à intervenir dans leur archipel, à faire une vidéo autour du Grand Palais, sur le monument parisien. Chacun des six artistes ont donc filmé et monté leur vidéo avant et pendant la Force de l’Art. Cannelle Tanc nous propose alors une série de panoramiques réalisés pendant toute la durée de la manifestation du montage au décrochage des oeuvres. La dernière partie se réalisant pendant que j’écris ces quelques lignes. Frédéric Vincent a lui choisi de faire une série en six épisodes, baptisée Crystal Palace, une série où Christophe Colomb croise l’administrateur de la tour de Babel, une série qui a pour référence l’ouvrage de Peter Sloterdijk , Le Palais de Cristal. Richard Negre a lui réalisé un film d’animation image par image, avec une quantité folle de dessins. Toutes les vidéos étant réalisées avec l’aide d’un monteur, pendant la durée de l’exposition sous les regards curieux des visiteurs.
Cette proposition est singulière, et ce n’est pas parce que je joue le rôle d’un navigateur dans la vidéo de Frédéric Vincent que j’écris cela. Une proposition finalement très généreuse. Inviter des artistes, alors que les commissaires vous ont choisi, je trouve ceci très singulier et très rare. Une proposition à l’image de ce que Robert Filliou avait fait lors de cette exposition au centre Pompidou en 1978, avec une exposition intitulée « Poïpoïdrome, Hommage aux Dogons et aux Rimbauds ». On donne, on invite, on échange. L’exposition de 1978, alors que le centre venait d’ouvrir ses portes, réunissait plusieurs artistes, Jo Pfeufer, l’ami de Filliou, Adrienne Larue, et d’autres musiciens pour des concerts, alors qu’elle aurait pu se résumer en une simple rétrospective de l’oeuvre de Filliou Bref, Archipel n’est donc guère éloigné de l’esprit du génie sans talent. De plus, il faut ajouter à cela que la proposition désacralise l’art et l’objet d’art, a sa manière. S’ajoutent aux vidéos, que l’on pouvait voir, assis confortablement dans un siège design, des photographies des vidéos de Frédéric Vincent et Cannelle Tanc. Cette dernière exhibe même une carte de Paris trouée, séparée soigneusement des espaces verts, ne laissant qu’apparaître les rues de la capitale. Des photographies, comme des objets finis, se croisant à ces vidéos en train de se faire, dans un espace côtoyant le studio de montage, tout ceci relève de l’exhibition totale du processus créatif dans chacune de ses étapes. Un processus exhibé, cassant avec la folie de l’objet d’art, avec le fétichisme de l’oeuvre et la sacralisation de l’artiste star.

Cette année, à la Force de l’Art, il y avait ceux qui avaient les moyens et les autres qui se donnaient les moyens, il y avait ceux qui avaient la force et les autres qui avaient l’Art, il y avait ceux qui se regardaient le nombril et les autres qui s’amusaient, il y avait les anecdotiques que l’histoire oublirera et les autres que l’on garde soigneusement dans sa mémoire car il nous font encore réfléchir, car il nous font encore rêver, car ils nous aident à vivre.

Salon de Montrouge, un bon cru

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Il fallait s’y attendre, le cru 2009 du salon de Montrouge est des plus exquis. Au revoir les cimaises en toile, au revoir les accrochages classiques, au revoir le surplus d’artistes, au revoir la salle des fêtes.Montrouge tient son salon avec Stéphane Corréard à la baguette.
Le casting est bon et parmi les jeunes artistes, 101 au total, il y a Pauline Bastard . Née en 1982, Pauline Bastard propose des oeuvres étonnantes, bricolées à partir des rebuts du réel. C’est avec eux qu’elle refaçonne un nouveau monde. Comme ce couché de soleil fabriqué à partir d’un vidéo-projecteur, d’une caméra et d’un morceau de plastique de couleur. Le tour est joué, la magie est là, cela donne Sunset. C’est comme cette vidéo de 2 minutes où l’on voit un destructeur de documents s’en prendre à un rouleau d’essuie-tout. On perçoit ses oeuvres réalisées avec les moyens du bord, avec des petits riens au résultat poétique.
Juste à côté d’elle, il y a Ivan Argote, tout aussi talentueux et plein d’humour. 2008, au Centre Pompidou, dans la collection permanente, le jeune homme pose sa caméra au sol, non loin de deux Mondrian, pour aller les taguer rapidement d’une vague noire. Le geste est rapide, il reprend sa caméra et file. Il y a encore cette vidéo réalisée dans le métro où il propose de l’argent aux passagers du wagon. Personne n’accepte même une petite pièce pour faire une photocopie. C’est irrésistible et plein d’humour, l’art d’Ivan Argote n’est pas sérieux, tout au contraire. Un art simple et sans complexe.
Ensuite, il y a Stéphane Vigny avec sa Perceuse à sauter. Tout est dit dans le titre, la perceuse fixée sur une colonne de parpaings, est détournée pour jouer, pour sauter par dessus son fil. Simple et efficace. De son côté, Simon Nicaise a interrogé toute une série d’homonymes du monde l’art (artistes et critiques) sur une cimaise blanche. Les réponses d’Annette Messager, Stéphane Corréard, Sophie Calle et d’autres homonymes sont croustillantes.
On peut voir aussi la peinture d’Amélie Bertrand qui a écrit à propos de son travail « chercher à penser à travers la peinture et non à peindre ce que je pense… »  Ce sont d’étranges peintures que nous propose la jeune artiste. Je pense notamment à cette pyramide de galets colorés emprisonnés par un grillage. Les paysages sont d’une grande particularité, ce qui ne nous laisse guère indifférent.

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Le Salon de Montrouge propose un ensemble d’oeuvres hétérogène, toutes aussi singulières les unes que les autres. Cette année, le spectateur peut davantage rentrer dans l’oeuvre des artistes sélectionnés, pour mieux la connaître. Cette année le Salon deMontrouge est de bonne qualité sans pour autant que l’on y constate une tendance. Espérons qu’avec ceci, le Salon redevienne important et que les échecs des dernières années soient vite oubliés.

Salon de Montrouge, la révolution est en marche

La 54e édition du salon de Montrouge va connaître de grandes révolutions, et je ne peux que féliciter les ambitions de la mairie pour cette grande manifestation, pour ce grand salon. (Vous pouvez lire ici ma colère contre les évènements passés.) Les dernières années font désormais partie d’une époque révolue, d’un salon  qui était fier d’afficher 190 artistes à son compteur. Mais, la renommée est retombée, et le salon de Montrouge n’était plus ce qu’il pouvait incarner. 2009 est l’année du changement. Elle profitera de deux événements importants, la force de l’art ( 24 Avril au 1er Juin 2009 au Grand Palais) , et l’exposition consacrée à Bernard Lamarche –Vadel qui se tiendra au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris (29 Mai au 6 Septembre 2009).

Stéphane Corréard est le nouveau directeur artistique du Salon deMontrouge. Grande figure de la critique contemporaine, il participe activement à la revue gratuite Particules , il est aussi collectionneur et galeriste. Il accepte donc la proposition du maire, Jean-Loup Metton, avec en contrepartie une révolution totale. Ce ne sont plus 190 artistes mais 82 qui seront présents. Fini le surplus d’oeuvres, parfois très mauvaises, fini les accrochages dans les escaliers, fini la surenchère au détriment des artistes. Stéphane Corréard a tranché. Certes ils seront moins nombreux, mais l’espace réservé à chacun d’eux sera plus grand, et ce n’est plus une oeuvre qui sera sélectionné mais un ensemble. Notons que c’est la designer, matali crasset , qui s’occupe de la scénographie du salon, dans ce tout nouveau lieu qu’est La Fabrique, ancien bâtiment industriel installé au coeur de la ville.

Moins d’artistes, plus d’espace. Nous sommes déjà heureux, et moi le premier, d’apprendre ces changements que l’on attendait sans trop y croire. Le Salon était englué dans un conservatisme fou mais il semblerait que la mairie veuille redorer son blason, et par conséquent aussi celui du salon.

Montrouge avait un salon d’art, ce n’était plus qu’une simple marque mais sans contenu, Stéphane Corréard est donc chargé de tout changer et d’y mettre sa patte. C’est donc lui, le premier, qui a feuilleté attentivement les 1000 dossiers que la marie a reçu. Le nouveau directeur artistique a fait une première sélection qu’il a transmise à son collège critique pour un nouveaux choix. À présent, ils ne sont plus que 82. Et dans ce Collège Critique, présidé par Gaël Charbau (Particules), on retrouve des personnalités comme Manou Farine (L’oeil, France Culture ), Patrice Joly (Zéro Deux ), Emmanuelle Lequeux ( Beaux-arts magazineLe Monde , Magazine), Erik Verhagen (Art Press ) … Le collège critique a donc sélectionné ces 82 artistes, et chacune de ces personnalités, au total 16, se retrouve être le parrain d’une poignée d’artistes exposant au Salon. Les critiques ont écrit un texte sur les artistes qu’ils défendent, un texte que l’on retrouve dans des mini-monographies.

Encore une révolution, l’artiste exposant au salon de Montrouge se verra remettre 300 exemplaire de sa propre mini-monographie, lui permettant alors de démarcher et de « promouvoir » son activité artistique. Autre point essentiel : les candidats à ce nouveau salon n’ont rien eu à débourser, contrairement aux autres années où les frais d’inscriptions n’étaient pas très modestes.

Ensuite, et ce n’est pas fini, des prix seront décernés par un jury présidé par Fabrice Hergott, directeur du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris . Trois prix récompenseront des artistes du salon, avec une expostion en 2010 au Palais de Tokyo .

Cerise sur le gâteau, cette année le Salon de Montrouge a un invité d’honneur : Arnaud Labelle-Rojoux. Faut-il rappeler qui est Arnaud Labelle-Rojoux ? (lire ceci à propos de son exposition au Mamac à Nice). Arnaud Labelle-Rojoux (que l’on retrouvera à la Force de l’Art en compagnie de Xavier Boussiron) fait partie de ces artistes qui ne travaillent jamais (parmi eux on retrouve Jean  Dupuy par exemple, ou Jacques Lizène) c’est pour moi une grande figure de l’art en France, un artiste important, un artiste d’attitude si on tenait à le qualifier. Il intervient à la fois comme plasticien avec une oeuvre qu’il a intitulé « SatyriconMontrouge » mais aussi comme enseignant de l’École Supérieur d’art de Nice, la Villa Arson , avec une présentation collective de 15 étudiants.

Avec « Satyricon-Montrouge », il s’agit de croiser deux figures montrougiennes, d’un côté Coluche et de l’autre Raymond Federman , « écrivain reconnu sinon reconnaissable » fils de Montrouge et subissant le destin tragique qu’est la Rafle du Vel d’Hiv en 1942 (à lire notammentChut ! , où il raconte comment sa mère à sauvé sa vie en le cachant dans le cabinet de débarras).  « Satyricon-Montrouge sera surtout « un mélange des genres (peintures, sculptures, objets, textes, photos…) un pot-pourri : ce que l’on appelle en latin satura…

Avec tous ces changements, il ne serait pas étonnant de constater que le Salon de Montrouge redeviendra un événement incontournable, un événement financé par la mairie, donc autonome par rapport au ministère de la Culture. A présent, je suis fier d’être Montrougien, et j’ai hâte d’être au 29 Avril 2009 pour le vernissage !

Salon de Montrouge

Du 30 Avril au 20 Mai 2009

“La Fabrique”

51 Avenue Jean Jaurès

92120 Montrouge

Entrée libre et gratuite


Pierre Petit, l’émotion de la découverte

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galerie Anton Weller Isabelle Suret
Jusqu’au 7 Mars 2009

« Demain comme hier » s’annonce comme une exposition désespérée, où le rêve n’a pas sa place, où la poésie est exlue, où l’utopie a disparue depuis bien longtemps. Or, c’est tout le contraire que nous offre Pierre Petit. Au centre de l’espace de la galerie, sept petits bancs entourent un chauffage de terrasse. Accueillants, on se laisserait tenter par s’assoir, se réchauffer, pour regarder ce qui nous entoure.
Ce qui nous entoure est étonnant. À première vue, on pourrait passer à côté de l’oeuvre de l’artiste français, « conteur d’objets » comme il aime se qualifier. À première vue, ce ne sont que des objets. Mais, la force dePierre Petit est de composer un univers poétique, juste en les entremèlant, juste en faisant dialoguer des objets divers et variés, souvent de seconde main. On pense à cette étrange sculpture ; une tour de légos multicolores, vient servir de socle à une boule, un vulgaire saladier transparent. Petit ne détourne pas, ne brûle pas, ne déchire pas, il met côte à côte des objets que l’on ne regarde plus, des objets qui habitent notre quotidien. On se réchauffe, mais la chaleur redescend vite avec ces assiettes creuses blanches, fixées au mur, éclairées par un néon vertical, lui aussi blanc. Pendant que certains passent à côté et continuent leur chemin, d’autre restent, sans pour autant tout comprendre. À quoi ça sert de tout comprendre quand il est question d’art ? Au visiteur de s’approprier les objets de Petit.

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Pierre Petit assemble, rassemble des objets, pour proposer un monde, un ailleurs où la poésie se compose des rebuts du monde moderne, de ce que l’homme a égaré, de ce à quoi il ne prête plus d’importance.
Alors, on comprend la création en 1993 du pays imaginaire ; Petitland . Un pays, un ailleurs, un nulle part. Tiens ne retrouvons nous pas l’étymologie de l’utopie avec ce nulle part (Nusquama). Petitland c’est nulle part, c’est un pays, c’est une marque déposée avec comme logo un petit dauphin, et comme slogan « l’émotion de la découverte ». Un logo et un slogan que l’on retrouve sur tout un tas d’objets ; des sacs plastiques, des timbres, des jeux de cartes ou encore des badges. Le tout « prouvant » l’existence du pays Petitland.
L’art ne commence t-il pas avec la maison, avec le territoire ? Comme tout animal qui taille son territoire, Pierre Petit joue à créer son pays imaginaire, un pays où les objets revivent, et se libèrent dans de belles créations.

Les vues d’expositions proviennent de la galerie Anton Weller Isabelle Suret