La maison rouge et la collection de Guy Schraenen

Des pochettes de disques, il y en a de belles en ce moment à la maison rouge jusqu’au 16 mai 2010. L’exposition parisienne est la troisième étape après Barlcelone avec le Macba, et Le Neues Museum Weserburg de Brême. Guy Schraenen nous offre une sélection de 800 pièces, rien que ça. Dans cette exposition, il y a du beau monde. Il y a ceux qui s’amusent et expérimentent le son, on retrouve alors des poètes sonores tels que Henri Chopin, notamment avec sa fameuse revue Ou. Soulignons que la poésie possède une belle part dans sa collection ( John Giorno, Michel Butor, Isidore Isou, Bernard Heidsieck…) Mais, il y a aussi ceux qui voient dans la pochette de disque un support idéal pour un nouveau graphisme. Qui ne connait pas les pochettes de disques réalisées par Andy Warhol pour les Velvet Underground ou les Rolling Stones. Mais on découvre aussi des pochettes réalisées par Gerhard Richter, Richard Prince, Jeff Wall, Raymond Pettibon, chacun d’eux étant invité notamment par le groupe Sonic Youth. Mais, il y a aussi Sol Lewitt qui est choisit par Philip Glass pour Music in Twelve Parts.

La première fois que j’ai entendu parlé de Guy Schraenen c’était lors d’une discussion avec Frédéric Vincent. Lui qui manipule et détourne les Vinyls me parlait de l’énorme collection en me faisant voir le livre du même homme, Vinyl: Records and Covers by Artists. J’étais émerveillé de cette collection, sans pour autant tout connaître de ses acquisitions.

Mais, l’exposition ne s’arrête pas à la pochette de disques, elle englobe tout ce qui se rapporte à la musique. On peut voir aussi des partitions de Stockhausen, indéchiffrables. Mais aussi des objets, des manifestes et affiches. Bref, cette collection s’articule autour de la musique et de ses liens avec les arts visuels.

Aussi, une salle est consacrée entièrement à Fluxus, on peut y voir des disques de Ben, inconnues. » nous informe Guy Shraenen (France Culture, Tout arrive, émission du 26 Février 2010). Et c’est là, la richesse de cette exposition bien scénographiée, que de nous faire découvrir de belles pépites visuelles. Manque le son que l’on aimerait un peu plus présent.

En appendice à cette belle collection, la maison rouge nous propose des interventions et expositions de Céleste Boursier-Mougenot, Marco Decorpeliada et Thu Van Tran, sans grands intérêts.

La Force de l’Art c’est terminé

La Force de l’Art , deuxième édition, c’est terminé, et l’heure est venue des bilans. Deuxième édition, d’une toute autre qualité que celle de 2006 où l’on ne respirait pas, non pas à cause du soleil étouffant, mais bien à cause du trop plein d’oeuvres. 2009, il y a moins d’oeuvres, il y a moins d’artistes. Et il y a aussi moins d’espace. Constat étrange quand on sait que la triennale parisienne se déroule sous la nef du Grand Palais, ce lieu qui accueille les Monumenta. Mais tous les espaces réservés à la quarantaine d’artistes sont minuscules, rares sont ceux qui en ressortent indemnes. Et dire qu’au tout début du projet, l’architecte Philippe Rahmsouhaitait 100 m2 par artiste. Passons donc ce ratage architectural, ce retour anecdotique au white cube.
On se retrouve donc sous la nef, avec cette « architecture » blanche. On note que la façade réalisée par Buren passe inaperçue. Dommage. Sous la verrière, on crève de chaud, surtout en cette fin de triennale. Sous la verrière, des artistes exhibent leurs forces. Le résultat n’est guère plus intéressant qu’un concours de jeunes garçons comparant leur virilité. Et chacun y va de sa petite idée qu’il transforme à grande échelle, car les moyens sont là. Les moyens sont là pour certains, étrangement ils ne le sont pas pour tous. Nous savons désormais que l’igloo de flocons de neige du Gentil Garçon a eu un coût de production avoisinant les 70 000 euros et que celui du gros cube noir se dandinant du duo Giraud et Sibony se rapproche des 100 000. (On constate déjà un fort écart entre les deux pièces, énorme écart même, pourquoi tous les artistes n’ont pas eu le même budget ?) Deux pièces anecdotiques, deux réalisations qui auraient mérité d’être recalées, ainsi l’espace pour les autres artistes aurait été plus grand. S’ajoutent à ces artistes, le kebab de Wang Du, où chacun des visiteurs se ruent pour couper un morceau de photo, et la maison découpée de Grout et Mazéas. Cette dernière semble n’être qu’un mauvais pastiche d’une réalisation du grand Matta-Clark. De plus, les artistes ont eu la savante idée d’ajouter un liquide à base de sirop sucré, un liquide dégoulinant dans les trous du plancher. Bref, vous l’avez compris l’intérêt n’est guère très grand. Avec ce genre de réalisations la Force de l’Art se rapproche du mauvais parc d’attraction. À la différence de la force de l’art, ces derniers ont le mérite  de proposer de véritables jeux où les visiteurs s’amusent réellement, sans avoir la prétention de dire que c’est de l’art. Aussi, ils y vont pour cela. Est-ce que l’on va à la force de l’art pour s’amuser ? De mon côté, ces pièces m’ont ennuyé, tout comme ces quelques sacs plastiques de couleur disposés par l’artiste Kader Attia. Ici, nous sommes dans l’une des plus belles impostures de l’évènement de l’art français. Il se dit aussi que l’artiste tiendrait à la disposition précise de chacun des sacs, jusqu’à venir très tôt le matin pour la vérifier. Et gare à ceux ou à celles qui tenteraient de les déplacer ! Ennui total, encore, avec cette pièce d’Olivier Bardin, génialement mauvaise, indigne d’un étudiant en première année des Beaux-arts, une pièce qui est censée nous interroger, nous spectateur, juste avec une série de photographies de visages.
Vous me direz que la Force de l’Art, version 2009, n’est guère trop passionnante, et vous n’avez pas totalement tord. On assiste à un évènement censé faire un état des lieux en France, et on se retrouve au milieu d’une lutte d’égos surdimensionnés, aussi gros que la boule respirante de Peinado. Jusqu’ici rien. Et pourtant, on note tout de même des pièces très belles. Je pense à James Coleman ou encore à Boris Achour. L’oeuvre de Coleman est intéressante. Il s’agit d’une vidéo, un « making-off » de la reconstitution photographique d’une gravure de Currier et Ives représentant la première bataille de la guerre de sécession. Dans cette vidéo, on remarque la constitution d’un décor, les acteurs en costumes. La fiction vient s’entremêler à un fait historique. Cela me fait penser à cette photographie de Robert Capa, « mort d’un soldat républicain »,  où l’on voit un homme foudroyé par une balle, prêt à s’écrouler. Pendant un long moment, il y a eu une grande polémique avec cette photographie, certains jugeaient qu’elle avait été orchestrée par le photographe. Mais, ses négatifs ont été retrouvés, et l’instant est véridique. Toujours est il que Coleman interroge ce que l’on nous donne à voir par le biais de photos et de vidéos. Surtout lorsqu’il s’agit de conflits où des soldats, des individus meurent.

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Je passe et j’arrive à ce que je pense être les deux meilleures propositions de la triennale parisienne. Deux duos, qui ne sont pas à leur première collaboration. D’un côté Xavier Boussiron et Arnaud Labelle-Rojoux et de l’autre Cannelle Tanc et Frédéric Vincent.
« Le miracle familier » du premier duo, est une belle histoire. « Le miracle familier » détonne par rapport aux oeuvres environnantes, « Le miracle familier » ne présente pas une oeuvre, mais des oeuvres. Cette fois, leurs rôles, aux oeuvres, changent, elles deviennent actrices d’une pièce en mouvement. Finalement, « le miracle familier » est un nouveau chapitre du manifeste de la passion triste des deux artistes ; un manifeste créé en 2005 qui  connu trois mouvements, une exposition, une soirée àBayonne et un livre, le coeur du mystère (édition particules). « Le miracle familier » est donc très proche de « les choses à leur place » que proposaient les deux compères au sein du Carré Musée Bonnat àBayonne. À l’époque, il s’agissait de reproduire une scène où défilaient les oeuvres, une scène proche du « centre récréatif et culturel espagnol » de la ville. Les deux artistes qui avaient accepté ce projet de commissariat, ont donc invité des artistes, et leurs oeuvres. « Les choses à leur place c’était une sorte de mise en abîme de la procédure spectaculaire de l’exposition qui confrontait sans hiérarchie quant à leur choix et à leur prestige des oeuvres exemplaires par leur présence. Avec au coeur de l’opération une pièce très particulière, volontairement ambiguë, le peu recommandable, quoique mythique, Coucher de soleil sur l’Adriatique du peintre fictif Boronali. » (On va encore manger froid ce soir, Sémiose édition, interview de Labelle-Rojoux par Éric Mangion, p.123) Boronali, on le retrouve au Grand Palais. On connaît le canular finement mené par Dorgeles qui fît peindre un âne et signa la toile Boronali. L’âne y est aussi, et il a un sourire presque moqueur, on tourne autour de lui et l’on peut alors bien observer son oeuvre qu’il tient entre ses pattes. Haha !
Sur scène les oeuvres se suivent. Tous les trois jours, on renouvèle les acteurs, les actrices Ainsi, se croisent des oeuvres de Philippe Ramette, d’Ernest T., de Labelle Rojoux, Pierre Bettencourt, Delphine Coindet, Manuel Ocampo…Finalement les oeuvres perdent de leur superbe, et le visiteur se voit déstabilisé dans ses habitudes de visiteur de grandes expositions qu’il faut voir à tout prix car il y a des affiches dans le métro. Les oeuvres sont convoquées sur scène, parfois d’époques totalement différentes, pour une remise à zéro des jugements de l’art, des oeuvres, et des artistes. Tout ceci se fait dans une ambiance que certains qualifieraient de kitsh ou de ringard, avec à chaque fois une nouvelle bande son. Un théâtre d’oeuvres était donc offert à voir pendant cet événement de l’art en France.
La critique on l’entend, elle murmure. « Arnaud Labelle-Rojoux est un bon historien d’art, mais là, il fait l’artiste. Et c’est trop. » Haha, c’est amusant, et ridicule ! Et alors que penser de ce binôme d’artistes qui a bousculé les parisiens dans leurs belles habitudes d’expositions. Ici, les cimaises sont absentes, ici l’art n’a pas de valeurs, ici on s’amuse et on envoie tout valser, ou tout casser. Même pas. Ce n’est même pas un geste provocateur, pas la provocation facile, celle qui est dénuée d’intérêt, non, il s’agit d’une réelle et bonne proposition sur l’art. Ici, il n’est donc pas question de montrer son engin, et de l’exhiber à tout le monde. Non, l’idée est beaucoup plus de provoquer une expérience esthétique avec un mariage d’oeuvres toutes aussi singulières.
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L’autre duo, composé de Cannelle Tanc et Frédéric Vincent , présente Archipel. Archipel est un laboratoire, est comme un lieu où le processus de création est offert à voir. Archipel c’est en quelque sorte l’oeuvre non identifiée de la Force de l’Art. La proposition des deux artistes français fait, il faut le constater, bande à part tant elle est inclassable. CannelleTanc et Frédéric Vincent ont invité quatre artistes (Camille Henrot, Richard Negre, Youssef Tabti, Georges Tony-Stoll) à intervenir dans leur archipel, à faire une vidéo autour du Grand Palais, sur le monument parisien. Chacun des six artistes ont donc filmé et monté leur vidéo avant et pendant la Force de l’Art. Cannelle Tanc nous propose alors une série de panoramiques réalisés pendant toute la durée de la manifestation du montage au décrochage des oeuvres. La dernière partie se réalisant pendant que j’écris ces quelques lignes. Frédéric Vincent a lui choisi de faire une série en six épisodes, baptisée Crystal Palace, une série où Christophe Colomb croise l’administrateur de la tour de Babel, une série qui a pour référence l’ouvrage de Peter Sloterdijk , Le Palais de Cristal. Richard Negre a lui réalisé un film d’animation image par image, avec une quantité folle de dessins. Toutes les vidéos étant réalisées avec l’aide d’un monteur, pendant la durée de l’exposition sous les regards curieux des visiteurs.
Cette proposition est singulière, et ce n’est pas parce que je joue le rôle d’un navigateur dans la vidéo de Frédéric Vincent que j’écris cela. Une proposition finalement très généreuse. Inviter des artistes, alors que les commissaires vous ont choisi, je trouve ceci très singulier et très rare. Une proposition à l’image de ce que Robert Filliou avait fait lors de cette exposition au centre Pompidou en 1978, avec une exposition intitulée « Poïpoïdrome, Hommage aux Dogons et aux Rimbauds ». On donne, on invite, on échange. L’exposition de 1978, alors que le centre venait d’ouvrir ses portes, réunissait plusieurs artistes, Jo Pfeufer, l’ami de Filliou, Adrienne Larue, et d’autres musiciens pour des concerts, alors qu’elle aurait pu se résumer en une simple rétrospective de l’oeuvre de Filliou Bref, Archipel n’est donc guère éloigné de l’esprit du génie sans talent. De plus, il faut ajouter à cela que la proposition désacralise l’art et l’objet d’art, a sa manière. S’ajoutent aux vidéos, que l’on pouvait voir, assis confortablement dans un siège design, des photographies des vidéos de Frédéric Vincent et Cannelle Tanc. Cette dernière exhibe même une carte de Paris trouée, séparée soigneusement des espaces verts, ne laissant qu’apparaître les rues de la capitale. Des photographies, comme des objets finis, se croisant à ces vidéos en train de se faire, dans un espace côtoyant le studio de montage, tout ceci relève de l’exhibition totale du processus créatif dans chacune de ses étapes. Un processus exhibé, cassant avec la folie de l’objet d’art, avec le fétichisme de l’oeuvre et la sacralisation de l’artiste star.

Cette année, à la Force de l’Art, il y avait ceux qui avaient les moyens et les autres qui se donnaient les moyens, il y avait ceux qui avaient la force et les autres qui avaient l’Art, il y avait ceux qui se regardaient le nombril et les autres qui s’amusaient, il y avait les anecdotiques que l’histoire oublirera et les autres que l’on garde soigneusement dans sa mémoire car il nous font encore réfléchir, car il nous font encore rêver, car ils nous aident à vivre.

Frédéric Vincent

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À Paris, Frédéric Vincent est connu pour être le co-directeur avecCannelle Tanc du centre d’art Immanence . Mais, c’est l’artiste que l’espace Vallès accueille pour une première rétrospective. Rencontre avec un jeune artiste qui n’a pas beaucoup montré son travail en France, participant à la prochaine édition de la Force de l’Art .

Parles moi un peu de ce que tu as choisi de montrer à l’espace Vallès.

C’est une exposition qui retrace 15 ans de travail. Il y a toutes mes préoccupations qui se rejoignent. Au départ, je suis très proche des mouvements comme le pop art et Fluxus. J’ai commencé à peindre des Tintin et des Astérix, deux héros de bandes dessinées populaires. Avec eux, je revisitai l’histoire de l’art. Je pense à la naissance de Tintin, qui fait référence à Giotto. Ici, la toile est peinte comme Giotto, peinture à l’huile et à l’œuf. Finalement, le personnage est détourné et devient un prétexte à de la peinture. Il perd son graphisme linéaire pour devenir le plus souvent matière pictural.

Ensuite, la musique est de plus en plus présente dans mon travail depuis 4 ou 5 ans. Et j’ai toujours voulu allier la musique et les arts visuels. Donc, là je vais te citer des références musicales qui font artiste intelligent, comme Cage, Stockhausen, ou Boulez. Mais on retrouve aussi la musique plus populaire comme Johnny, les Beatles, ou encore la bande à Basile. Ce qui m’intéresse avant tout ce sont les pochettes de disques. Là encore c’est souvent un prétexte à la peinture. Tintin, Johnny, ce sont mes MacGuffin. Par contre, ça ne m’intéresse pas de reprendre de manière réaliste une pochette de disque. Je ne veux pas faire de beaux tableaux. Non, je n’aime pas montrer que je sais peindre. Ce qui m’intéresse c’est d’intervenir sur la pochette et de laisser la peinture me guider. En plus avec l’acrylique, c’est beaucoup plus rapide et franc, n’aimant pas le côté besogneux de la peinture à l’huile. Et puis, le réalisme m’ennuie. Il faut montrer que c’est de la peinture, et que ça aurait pu être presque l’image exacte. Par exemple, prenons Johnny. Peindre Johnny c’est dingue, il est dans toutes les ambiances, toutes les attitudes. Avec un perfecto, gros, maigre, en train de faire un bras de fer, avec une petite bougie. On a le droit à tout. Il existe tout, ils ont tout essayé avec cette personne. D’ailleurs lui, il a tout fait. Il n’a rien fait, finalement. Ce qui est marrant, c’est qu’aux États-Unis, ils ne comprennent pas bien Johnny. Ils pensent que c’est un comique, l’équivalent de Jerry Lewis. Ils ne comprennent pas cet humour là. On aimerait bien leur donner Johnny, mais on n’y arrive pas.

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu désacralises tout. Tu désacralises la peinture, tu n’es pas virtuose, tu désacralises les idoles populaires, et tu désacralises la figure de l’artiste qui se prend au sérieux. Chez toi, les références sont multiples, et prétexte à tout, à de la peinture, à de l’ironie.

Je n’ai pas envie de montrer de l’intelligence. Mes références artistiques sont des gens comme Broodthaers, Filliou, Kippenberger, mais ça ne sert à rien de les recopier. Il est beaucoup plus intéressant d’être en accord avec leur pensée, et d’essayer de respecter cela. En musique je fais le grand écart. Sur le grand mur de pochettes et de peintures, on voit tout, et ça forme un brouillage visuel, qui forme une peinture murale. C’est la même chose en philosophie. Je ne cite pas Deleuze, Guattari, ou Foucault. Je ne montre pas les références. À un moment, il faut dire merde à tout ça. Moi, ça ne m’intéresse pas de montrer mot pour mot la référence. Je ne vais pas faire un néon avec une phrase de Deleuze. (rires)

Oui, je suis tout à fait d’accord avec toi. On perçoit de plus en plus ça. Deleuze, par exemple, est beaucoup trop cité à toutes les sauces. Et finalement, les Deleuzien d’aujourd’hui ne sont que des Deleuzien de Deleuzien.

Et le principal, c’est de ne pas faire de contresens… Tout peut se justifier par la triplette Deleuze – Guattari – Foucault, mais attention, je ne veux pas que ce soit ostentatoire. Aucun intérêt. Même si je suis passionné par ces auteurs, je ne veux pas en faire des références artistiques pour des références.

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Revenons à ton expo. Je pense tout d’abord à ces dessins que je ne connais que depuis peu, mais qui ont une dizaine d’année.

Oui, ils datent de l’époque où je travaillais au Fnac. À un moment, ils se sont mis à changer entièrement leur charte graphique. J’ai récupéré des tampons et les feuilles, que j’ai réutilisés dans ces dessins, donc. J’en ai fait énormément. J’ai fait « Dessiner pour être acheté », donc en 98 a été acheté un Ben, un Koons, un Alechinsky…

Et les gens du Fnac, ils l’on vu (rires)

Ce qui serait intéressant c’est qu’ils achètent la série. Histoire de boucler la boucle. Mais il y a aussi des dessins qui parlent du quotidien,« dessiner pour acheter une robe à ma copine », histoire de questionner le prix d’une œuvre d’art. Ce sont des dessins qui ont été fait dans l’instant, de manière compulsive. L’idée m’intéressait plus que la réalisation même.

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Et ça on le perçoit encore chez toi. En te côtoyant, et même en voyant tes réalisations aussi picturales que les vidéos, on perçoit ça. Je pense aux vidéos que tu fais comme tes dessins finalement.

Oui, je me suis aperçu qu’elles étaient très proches de mes dessins. On me prêtait une caméra. J’avais une petite idée. Et j’improvisais. Par exemple, j’ai repris la vidéo de Marcel Broodthaers le corbeau et le renard, dans ma baignoire. Ici, la fin de la vidéo c’est le moment où je n’ai plus de feuilles. Mais, l’idée m’intéresse plus que la réalisation, oui. Finalement, si je fais un dessin, ça me va très bien, je ne vais pas réaliser ce que je dessine.

Ça rejoint le fait que tu ne montres pas un savoir faire, ni une maîtrise dans la peinture, tu montres que tu cherches et que tu expérimentes. Là encore, ça m’intéresse de voir que la peinture est toujours présente chez toi, et que les prétextes changent. Tu passes de la bande dessinée à la musique. Avec toujours cette envie de réunir la musique et le visuel.

Voilà. C’est pourquoi je travaille sur et avec le disque vinyle. Il peut me servir à tout. J’ai utilisé des disques vinyles comme objets de peinture. J’utilise tout. Le disque peut servir pour être cassé, comme support, comme source de sample, tout comme la pochette. Et même les protections de disques forment des pièces. Les disques, je les fonds aussi pour former de nouvelles pièces, des ensembles de disques, des carrés de disques. C’est la matière qui guide aussi. Faire fondre la matière, c’est proche de la peinture qui t’emmène vers une direction encore inconnue. Ce qui m’intéresse ce sont les disques qui ont touché la mémoire collective. J’achète des disques d’occasion, populaires dans chaque pays ou je vais. Je veux que ça soit passé dans plusieurs mains. Donc ça fait références à de la musique des années 60, 70, 80. Et les vinyles d’aujourd’hui m’intéressent moins voir pas du tout. Le vinyle c’est toute une époque. Tout ceci fait partie du patrimoine musical collectif. Peu importe que j’aime ou pas. Ce qui est intéressant c’est quand on met une pochette d’Elvis au dessus d’une de Véronique Sanson…

Finalement dans l’exposition, il n’y a pas de son.

Non, car quand on regarde les pochettes de disques on se remémore les morceaux de l’artiste ou du groupe. Finalement, dans l’expo, le son est dans la mémoire des gens, dans la mémoire collective. Pas besoin de mettre un morceau fait à l’ordinateur pour faire une fausse ambiance. Ce serait une caricature d’une exposition d’art contemporain. J’aime beaucoup les artistes qui font du son. Mais je ne vois pas l’intérêt d’exposer deux énormes enceintes pour entendre des bla-bla, je préfère aller dans un magasin où j’en verrai des mieux.

J’aimerai finir avec une réalisation que tu ne montres pas, mais que j’ai eu le privilège de voir, la cabane faite de pochettes de disques, « lévitation ». Sorte de cabane chapelle…

Oui, à l’intérieur on voit le verso, à l’extérieur le recto. Et je passe un disque de son perso, sorte de murmure de parole de ce qu’il y a à l’intérieur. Chuchoter car ça joue aussi du cérémonial de l’église, ou même de la galerie, on chuchote… Et puis, on voit des rapports de couleurs osés dans certaines pochettes, comme celle de Lionel Richie, ou encore celle Mickael Jackson…ou Luis Mariano. Ce qui m’intéresse ce sont les visuels des pochettes, souvent il s’agit de portraits, et les idoles sont traitées comme des icônes.

Légendes des illustrations:

1:Party, 2008, acrylique sur toile, 10 x 10 cm2: Frédéric Vincent, 2009, Mémoire sonore, pochettes de disques et
acrylique sur toile, 500 x 800 cm

3: Song for a planet, 2005, acrylique et disque vinyl sur papier, 50 x
40 cm