Comment l’esprit vient à la matière, une proposition en deux actes de Stéphane Corréard

Théo Mercier

Stéphane Corréard fait une proposition tout à fait singulière dans deux galeries parisiennes, la galerie Loevenbruck et la galerie Gabrielle Maubrie. Deux parties comme deux réponses à ce « comment l’esprit vient à la matière. »

Ces expositions présentent des artistes d’horizons différents, certains sont même marginaux, et moins visibles. Je pense notamment à Jean-Michel Sanejouand ou Antoni Miralda. D’autres que je ne connaissais pas, comme Ted Mineo et ses peintures de pizza, ou Nader Ahriman, un peintre allemand né en 1964, étonnant. À la galerie Loevenbruck, où cette première partie est intitulée « Métaphysique Chimie », ces deux artistes sont rejoints par Arnaud Labelle-Rojoux et Xavier Boussiron (et leur âne Boronali que l’on avait vu à la Force de l’art l’année dernière au Grand Palais) et par Philippe Mayaux et ses deux belles peintures à la tempera où le coq n’est pa à la fête.

À la galerie Gabrielle Maubrie, c’est « Le beau est un moment du laid ». Les artistes sont plus nombreux, on y retrouve Labelle-Rojoux et une « fantômette aux bains douche », seul artiste présent dans les deux sites. Cette deuxième partie est réjouissante, tant par l’hétérogénéité des artistes que par la qualité des œuvres proposées. Je pense notamment à cette pièce de Théo Mercier (que l’on reverra bientôt à Dynasty), une composition de fausses fleurs et faux légumes habillés de petits yeux moqueurs, rendant la scène de nature morte risible. Le risible, il y en a encore avec l’artiste belge Jacques Lizène. Le spécialiste de la médiocrité présente un assemblage bancal d’une planche à roulettes, d’une vidéo où l’on veut voir jouer d’une petite guitare et d’une peinture nulle. Une pièce vraiment belle et très représentative de l’art de Lizène, un artiste que l’on aimerait voir à Paris pour une rétrospective tant il est important dans cette attitude marginale et tout sauf sérieuse. Il y a aussi ce congélateur de Simon Nicaise qui garde au frais plusieurs boules de neige prête à l’emploi. On imagine la bataille! Matali Crasset propose un canapé fait de sac de couleurs bon marchés, Guillaume Bijl nous offre la robe d’Eva Braun.

Jacques Lizène

Cette deuxième partie joue du Ready made, toutes les œuvres de cette exposition composent avec des objets du quotidien, du réel, pour le détourner et donner un nouveau sens au visiteur. Parfois minimales, comme la proposition de Jiri Kovanda avec ce sac de guimauve suspendu à un fil et relié à un marteau, une pièce que les visiteurs de la Fiac avaient pu voir il y a quelques années, au stand de la galerie GB agency, ou encore ce balancier de Sanejouand où reposent deux belles pierres, parfois colorées comme l’œuvre de Gérard Deschamps, qui créé une sculpture murale avec des objets gonflables ou encore les T d’Ernest T. faits d’un liquide imbuvable, les œuvres sont toutes des compositions poétiques posées là le temps d’une exposition.

Les détracteurs diront que c’est facile de poser une serviette sur statue, qu’il n’y a rien d’exceptionnel dans cette collection de paquets de mouchoirs ornés de la figure Mona Lisa, et seront encore plus dubitatifs devant cette œuvre d’Haim Steinbach, intitulée « The Village People ». La force de cette exposition réside dans cette question que l’art est bien autour de nous, mais qu’il faut ouvrir les yeux pour en rassembler les morceaux. Finalement, il n’y a pas d’interrogation du réel ou de questionnement de notre rapport au quotidien, mais bien plus une mise en valeur de cette poésie faite de rien, mais essentielle à la survie.

En attendant Montrouge

Montrouge ça chauffe!

Ernest T., Peinture 6-1 2009 Courtesy Galerie Gabrielle Maubrie

Le salon débute le 5 mai prochain à la Fabrique, à Montrouge. Je me sens prêt, même si je ne sais pas ce que ça veut dire. Pour tout dire, je suis bien heureux de participer à ce salon dans une ville où j’ai grandi.

En attendant, j’ai dessiné, j’ai lu, j’ai écris, j’ai été au cinéma. Voilà pourquoi, je n’étais pas trop présent, ces derniers temps, sur ce blog.

J’ai été voir des expositions aussi, notamment en galerie. Et comme ce n’est pas fini je vous en conseille trois. La première, Mona Hatoum à la galerie Chantal Crousel. Il faut être dingue de rater ça, les pièces sont superbes, notamment ce rideau de barbelé qui vient nous accueillir dès que l’on ouvre les portes de la galerie, un rideau qui nous fait penser aux pénétrables de Soto, en plus violent. Et ces cartes sur lesquelles on distingue des élévations, ou des points d’impact de bombes. Nous pouvons lire ces découpages graphiques comme on le veut, le résultat est bien efficace et poétique comme l’ensemble de l’œuvre de l’artiste libanaise. Il y aussi cette exposition collective à la galerie Dohyang Lee, une exposition de dessins autour du paysage, qui a débutée pendant la grande semaine parisienne de foires consacré au dessin contemporain, moderne, et classique. La galerie propose un bien bel ensemble d’œuvres, notamment ces dessins de cascades au feutre réalisés par Anne Colomes. Il y a aussi les autoportraits dans la nature de Laurent Le Deunff qui sont tout autant étonnant dans leur facture, avec un effet vaporeux. Les images provenant de vidéos d’Anne Colomes tournées lors d’une traversée des provinces de la Colombie-Britannique et de l’Alberta au Canada.

Et puis, il y a l’exposition d’Ernest T. à la galerie Gabrielle Maubrie. Ernest T. qui est l’invité du Salon de Montrouge, présente une nouvelle série de peinture. Plus exactement, il s’agit de recadrages de « peintures nulles », accompagnés de cartels d’ « Information Consommateur », présentant une évaluation suivant certains critères de profondeur, d’équilibre, de pertinence…

Côté lectures, le Barbier et le nazi (lire ici un très bon article)m’a occupé ces derniers jours. Quel livre! Signé de l’écrivain Edgar Hilsenrath. Il nous emmène dans une histoire totalement folle pendant la seconde guerre mondiale, celle d’un certain Max Shulz, génocidaire, qui prendra l’identité de son ami d’enfance, Itzig Finkelstein. L’histoire d’un bourreau qui prend l’identité d’un juif pour éviter les poursuites en Allemagne. Le récit est celui du bourreau SS, on apprend tout de sa vie, jusque dans les moindres détails. Parfois, on en rigole même, parfois c’est d’un cynisme redoutable sur la nature humaine. Il s’agit là d’un très grand livre édité par Attila.