
Le 24 Octobre prochain débutera l’exposition « Soulèvements » de Jean-Jacques Lebel à la Maison rouge , avec comme commissaire d’exposition Jean De Loisy.
À cette occasion, chacun des espaces de la maison rouge sera consacré à un thème cher à l’artiste. Aussi on retrouvera dès l’entrée l’art de la barricade ; pour l’artiste « toute cette exposition est une barricade. »
L’art de Jean-Jacques Lebel (né en 1936) est celui d’un insoumis, d’un empêcheur de tourner en rond, d’un insurgé. L’exposition va ainsi montrer toutes les facettes d’un artiste incontournable, qui a cotoyé Breton, Debord, Guattari, Filliou, Kaprow, Nam June Paik, ( il a été le traducteur en français de poètes de la Beat Generation comme Burroughs, Ginsberg, Ferlinghetti, Corso ). C’est aussi le créateur du festival Polyphonix .
Polyphonix est une association fondée en 1979 avec le poète François Dufrène et le philosophe Christian Descamp, et Jacqueline Cahen, récemment décédée. Le terme est de Guattari et l’organisateur est Jean-Jacques Lebel. Pour Jacques Donguy, Lebel est bien l’introducteur du happening en Europe. Des soirées sont organisées dans différents lieux, et nous pourrons voir un festival Polyphonix à partir du 6 Novembre 2009 au 104 ( avec notamment une performance de John Giorno, et des projections de films).
Jean-Jacques Lebel est cet artiste inclassable, un artiste impossible d’enfermer dans une boîte. À la maison rouge, il y aura autant de ses oeuvres mais aussi celles de grands artistes comme Duchamp, Artaud ou Picabia, avec lesquelles il entretient toujour des dialogues très personnels.
Jean-Jacques Lebel parle de Poésie Action et tout particulièrement de Poésie directe. Ce mot est expliqué dans le texte de présentation du livre « Poésie en action ». « Poésie directe veut dire : sans intermédiaire. Contact immédiat entre l’émetteur et le récepteur. (…) Poésie directe veut dire aussi : sans dieu ni maître. La poésie telle que nous l’aimons dadaïse le langage, c’est-à-dire les règles du jeu social. »

Lebel est cet artiste qui ne s’arrête jamais, que rien n’arrête, qui gueule, qui cri, qui collectionne tout, qui bouge, qui virevolte, qui est toujours révolté. Alors que certains petits artistes contemporains s’enlisent dans le marché, dans le circuit, et aime circuler au volant de leur dernier gros 4×4, accompagnés de leur dernière conquète, Lebel crie et ne se laisse pas avoir et bloquer dans un système. Mais le retrouver à la maison rouge, une fondation privée, n’est pas pour autant un non sens. Regardons dans les archives des expositions du très beau lieu parisien, et nous remarquons un grand intérêt de la part d’Antoine de Galbert pour ces artistes marginaux, comme Kudo ou Henry Darger, ou les artistes de l’art brut.

Comme il est écrit plus haut, Jean-Jacques Lebel est l’introducteur du happening en France. Avant lui, d’autres artistes comme Kaprow (dont il n’a pas encore entendu parler) en feront aux Etats-Unis, mais c’est bien lui qui amorcera cet art en Europe et en France, avec l’Anti Procès, en 1960. C’est dans un contexte de crise personnelle, par rapport à la peinture, par rapport aux galeries. « Dans ce circuit fermé, ce n’est pas seulement l’art qui s’achète, mais, à plus ou moins courte échéance, l’artiste lui même. Il est obligé de se vendre, donc de se transformer, lui aussi, en marchandise. » Pour revenir à l’Anti-Procès, « pour Alain Jouffroy et moi, c’était une révolte contre la fausse idée de Justice. Pas seulement la peine de mort, mais l’idée de jugement. » Et la première a eu lieu dans le cabaret de Pierre Prévet, la Fontaine des Quatre Saisons, rue de Grenelle, à Paris, dans une grande salle où étaient accrochées sur les murs des peintures de Mattat, Erro, Dufrène, Fahltström.. Le contexte qui provoqua la création de l’Anti-Procès est l’attitude de Guy Mollet, premier ministre socialiste, qui niait en pleurant à la télévision que la torture était pratiquée en Algérie. « L’Anti-Procès-réagissant aux massacres des Noirs à Sharpeville ( en Afrique du Sud) – était aussi un cri de rage et de dégoût conte le racisme et le colonialisme. Sur le mode jsute : celui de l’art sauvage (pas celui de « l’art engagé » ou de l’art–à-la-mode). »
Lebel ce n’est pas que le happening, il met en scène en 1967, « le Désir attrapé par la queue », pièce de Pablo Picasso, il prend part en 1968 aux activités du Mouvement du 22 mars, du groupe anarchiste « Noir et Rouge » et à « Informations et Correspondances Ouvrières ». C’est à cette même époque qu’il suit l’enseignement de Gilles Deleuze, il réalise aussi des collages et des peintures sur bois. Il crée aussi des sculptures sonores.
Guattari avait évoqué la notion d’art processuel à propos du travail de Jean-Jacques Lebel. Jean-Jacques Lebel c’est bien celui qui ne fait pas de différence entre l’art et la vie, qui confond les deux sans pour autant leurs donner de définitions simplistes, lui qui organise des expositions (je pense à cette exposition sur les écrivains qui dessinent), qui fait de la poésie…Je le rapprocherai de Robert Filliou. Ce dernier ne s’est pas laissé enfermer par Fluxus, ayant pour autant participé à des manifestations Fluxus, mais préférant vivre aussi son art seul. Jean-Jacques Lebel est l’un des derniers artistes anarchistes, marginaux qui fait du bien à entendre, qui appuie là ou ça fait mal. Et ça nous fait du bien.
sources: article XI, Jacques Donguy, Poésies expérimentales zone numérique , les presses du réel, 2007, Jean-Jacques Lebel et Arnaud Labelle-Rojoux, Poésie Directe, Opus international édition, 1994





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