C’est en fouinant dans la librairie la Nerthe, où j’ai pris l’habitude de m’y rendre, que j’ai trouvé ce drôle d’ouvrage ; L’Oeil de la Police édité par les éditions alternatives en 2007.
L’Oeil de la Police est un journal de douze pages qui parait pour la première fois en 1908, à la belle époque. Les auteurs, Michel Dixmier (collectionneur de ce même journal), et Véronique Willemin s’attachent à nous rappeler dans quel contexte apparaît ce journal. Nous sommes dans une époque totalement houleuse, pleine de tension, agitée par une insécurité relatée par les suppléments du Petit Journal ou du Petit Parisien. À cette époque, l’insécurité est donc un nouvel enjeu politique. Aussi, L’oeil de la Police est créé au moment même où a lieu un débat sur la peine de mort, débat même qui « enflammait l’opinion publique, les milieux politiques et la presse. » C’est bien en 1907, que le gouvernement Clémenceau envisage son abolition alors même qu’une grande partie de la presse s’en indigne. Un vote la maintiendra, et les exécutions reprennent avec un rythme soutenu afin de « rattraper le retard ».
L’Oeil de la Police est un journal racoleur de par ses titres, et réactionnaires. Il donne à lire, et à voir, une société où règne violence et crimes, où seule la peine capitale est la solution. Les titres sont alléchants, « quatre exécutions capitales à Béthunes », « effroyable crime d’une mégère », « le crime d’une brute », « une marée décapitée , et les couvertures sont sanglantes, réalisées par un du de dessinateurs Raoul Thomen et Henry Steimer, avec un réalisme morbide afin d’exciter la curiosité malsaine des lecteurs. Le lectorat, parlons en, est mixte et familial, populaire et instruit. Quant à la la qualité des journaux, elle est médiocre. Tiré sur un papier de très mauvaise tenue, le journal a donc disparu, et rares sont les exemplaires disponibles à ce jour.
L’insécurité comme enjeu politique, on l’aura compris, est bien toujours d’actualité. Les dernières élections présidentielles le prouvent, et les récents chiffres rendu officiels par le ministère de l’intérieur en témoignent. L’insécurité est essentielle. Pour se hisser au pouvoir, ne faut-il pas faire peur au peuple et lui promettre un semblant de sécurité ?
Avec ce livre, on s’aperçoit que la culture du fait divers ne date pas d’aujourd’hui, qu’il va falloir un peu de temps pour que cela change. C’est si bon de faire peur. Aussi, je me suis questionné sur la probable existence d’un nouveau L’oeil de la Police, d’un journal de la sorte qui ferait dans le fait divers. Et Le nouveau détective est bien de cette trempe là, sauf qu’il ne propose pas de dessin, mais bien de réelles photos… (il a même son groupe facebook)



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